Mise en œuvre

Ce que ces savoirs changeraient chez nous

Chaque cas est instruit de la même façon : ce qu'un peuple racine fait, filmé et documenté sur EWA — et ce que cela a donné, ou pourrait donner, dans une société occidentale. Deux colonnes, deux sources, aucune promesse.

① L'observation

Un fait précis, pas une valeur. Attesté par une vidéo consultable ici même.

② Le mécanisme

Pourquoi cela fonctionne. C'est cette partie qui se transfère, pas la culture.

③ Notre angle mort

Ce que notre système fait à la place — et ce qu'il n'a chargé personne de traiter.

④ L'application

Déjà faite, expérimentée, ou à explorer. Toujours signalé comme tel.

⑤ La limite

Ce qu’il ne faut pas en conclure. On le précise à chaque fois — sans ça, l’analyse ne vaudrait rien.

Mise en œuvre

FICHE 01 · JUSTICE●●● transfert mesuré

Chercher la cause plutôt que la faute

Là où nous instruisons une responsabilité pour calibrer une peine, d'autres sociétés instruisent un déséquilibre pour le réparer. Un État occidental a franchi le pas en 1989 : les chiffres sont publics.

Chez euxVidéo publiée sur EWA
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Le palabrero wayuu : régler les conflits par la parole

Chez les Wayuu de Colombie et du Venezuela, le pütchipü'ü ne juge pas : il circule entre les familles jusqu'à ce qu'une compensation rétablisse le lien. Le système est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Peuple : Wayuu · Territoire : Amérique du Sud · Source : archives Señal Memoria (Colombie) — voir la fiche sur EWA

Repères : 2:10 la justice de compensation ↗ · 3:07 quand le dialogue s'épuise ↗ · 3:53 le règlement : 180 bêtes ↗ · 4:08 retisser l'harmonie sociale ↗

Chez nousRéforme documentée

Nouvelle-Zélande, 1989 : la justice des mineurs réécrite à partir des pratiques maories

− 75 %

de comparutions devant le tribunal pour mineurs en un an — de 63 pour 1 000 jeunes (1986-1988) à 16 pour 1 000 en 1990.

Incarcérations des 14-16 ans : 173 en 1989 → 64 en 1990.
Enfants placés en institution d'État : 2 000 en 1988 → moins de 100 en 1996.

Sources

Juge McElrea, chiffres de la réforme · Morris & Maxwell, Western Criminology Review

Le cours qui l’expliqueCenter for the Study of Law and Religion, Emory University
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Le cercle de paix navajo, exposé en cours à l’université Emory

Le clip de trois minutes de Robert Yazzie, ancien président de la Cour suprême de la Nation Navajo, cède la place à un cours de vingt minutes bâti sur ses textes : un cercle où personne n’est au-dessus d’un autre, une justice qui cherche la solidarité et la réparation du lien plutôt que la prison. Le cours part de l’héritage de la colonisation, montre le travail par cercles et le retour aux voies traditionnelles, puis compare les modèles navajo et les modèles d’ailleurs. C’est la même bascule que celle du palabrero wayuu.

Peuple : Navajo (Diné) · Territoire : Amérique du Nord · Langue : anglais · Durée : 19 min 43 · Repères : 3:03 la guérison par les cercles ↗ · 13:12 modèles navajo et modèles mondiaux ↗ · 17:01 la justice comme guérison ↗ · chapitres d’auteur · la leçon et ses textes (Canopy Forum) ↗ · le clip de Robert Yazzie (NARF) ↗

Chez nousAtlantic Fellows
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Comment les familles maories ont réécrit la justice néo-zélandaise

Le chiffre de cette fiche a une histoire politique : la conférence familiale inscrite dans la loi de 1989 n’a pas été inventée par des juristes, elle a été obtenue par la mobilisation maorie. Cet entretien retrace ce rapport de force — sans lui, la réforme n’aurait pas eu lieu.

Pays : Aotearoa Nouvelle-Zélande · Langue : anglais · Durée : 25 min 33 · la statistique officielle, 63 → 16 pour 1 000 ↗

Repères : 0:50 accueil au marae ↗ · 11:40 visite du tribunal pour la jeunesse ↗ · 12:50 audience dans la salle ↗ · 18:20 la parole d’un juge ↗ · 21:50 programme communautaire Wai-Ora ↗

Chez nousMinistère de la Justice (Nouvelle-Zélande)

Le tribunal des mineurs siège sur le marae

La réforme de 1989 a eu une suite. Une partie des audiences de suivi se tient désormais sur un marae : la séance s’ouvre par un pōwhiri, les kaumātua siègent aux côtés du juge, et le jeune apprend puis récite son pepeha. Le pays compte quinze Rangatahi Courts et deux tribunaux pasifika. La vidéo est produite par le ministère de la Justice lui-même.

Pays : Nouvelle-Zélande · Langue : anglais · Durée : 7 min 36 · Youth Court of New Zealand ↗

Chez nousOranga Tamariki — Ministry for Children

La conférence familiale, expliquée par l’administration qui l’organise

C’est le mécanisme du point ④, filmé par le ministère de l’Enfance néo-zélandais : la famille élargie, la victime et le jeune se réunissent pour bâtir un plan de réparation ; le tribunal ne reprend la main que si ce plan échoue. Une minute vingt pour voir à quoi ressemble la réunion qui a remplacé l’audience.

Pays : Nouvelle-Zélande · Langue : anglais · Durée : 1 min 21 · Oranga Tamariki ↗

Le cours qui l’expliqueUC Davis School of Education
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Ce que le tikanga impose à la procédure, exposé en conférence

Le clip de l’administration néo-zélandaise annonce la conférence familiale en une minute vingt ; il ne montre pas comment elle fonctionne. Cette conférence publique du centre Transformative Justice in Education de l’université de Californie à Davis le montre pendant une heure et demie, avec deux intervenants d’Auckland : Rawiri Pene, conseiller culturel maori auprès du ministère néo-zélandais de la Justice, et Helen Bowen, avocate spécialisée en justice restaurative. Ils déroulent la définition retenue, le rôle du facilitateur — c’est le tikanga qui commande, pas la procédure —, la place faite aux victimes, puis une réunion de justice restaurative suivie jusqu’à la décision.

Peuple : Maori · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 1 h 34 min · Repères : 20:50 les objectifs de la session néo-zélandaise ↗ · 22:00 la définition retenue ↗ · 25:20 ce que le tikanga impose au facilitateur ↗ · 34:20 la réconciliation ↗ · repères relevés au défilement, à dix secondes près · le centre qui a organisé la conférence ↗

② Le mécanisme

Dans un groupe où chacun compte, exclure un membre coûte plus cher que le réparer. Ce n'est pas une douceur morale, c'est une arithmétique.

③ Notre angle mort

Notre système sait punir et, au mieux, réinsérer. Aucune fonction n'est chargée d'établir puis de traiter la cause : le « pourquoi » ne sert qu'à mesurer la peine.

④ L'application

La family group conference réunit la famille élargie, la victime et le jeune, qui construisent ensemble la réparation. Elle est devenue la voie ordinaire, le tribunal l'exception.

⑤ Ce que ça ne veut pas dire

La loi néo-zélandaise s'inspire de principes maoris — la place de la victime, la valeur des excuses, le consensus plutôt que le vote — sans reproduire une justice maorie ; des chercheurs maoris contestent d'ailleurs qu'on la présente comme « leur » modèle. Et le palabrero wayuu illustre ici le même principe chez un autre peuple : il n'est pas à l'origine de la réforme. Ce qui se transfère n'est jamais une culture — c'est un mécanisme.

FICHE 02 · FEU ET TERRITOIRE●●● transfert mesuré

Brûler un peu, souvent, pour ne pas brûler beaucoup

Un siècle de doctrine occidentale a consisté à empêcher toute flamme. Empêcher le feu ne le supprime pas : cela accumule sa violence et en diffère la date.

Chez euxVidéo publiée sur EWA
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Aborigènes de la terre d'Arnhem : vie quotidienne et transmission

Dans le nord de l'Australie, le feu est allumé tôt dans la saison sèche, en petites mosaïques, pour que le combustible n'ait jamais le temps de s'accumuler. Le grand incendie de fin de saison devient impossible faute de matière.

Peuple : Aborigènes de la terre d'Arnhem · Territoire : Océanie · Source : Travel Film Archive, vers 1950 — voir la fiche sur EWA

Repères : 1:53 allumer le feu par friction ↗ · 5:26 nourriture partagée à parts égales ↗ · 7:23 les enfants rapportent les espèces ↗ · 11:49 totems : serpent, miel, igname ↗

Chez nousPolitique publique chiffrée

Australie : la méthode est devenue une politique publique — et une source de revenus

1,2 Mt

de CO₂ évitées chaque année par 39 projets de gestion du feu détenus et conduits par des Aborigènes.

Surface couverte : 24 millions d'hectares.
Revenus pour ces communautés : environ 60 millions de dollars australiens par an.
Sur les 46 projets les plus anciens : −10 % de surface brûlée, soit 17 500 km² épargnés chaque année.

Sources

Indigenous Carbon Industry Network, 2024 · World Resources Institute

Chez euxKimberley Land Council

Les rangers du Kimberley expliquent le brûlage précoce

L’organisation des propriétaires traditionnels du Kimberley filme ses propres équipes : quand allumer, pourquoi tôt dans la saison sèche, et comment la mosaïque de petits feux prive les grands feux de combustible. Ce sont les praticiens qui parlent, pas leurs commentateurs.

Peuples : propriétaires traditionnels du Kimberley · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 7 min 35 · Kimberley Land Council ↗

Repères : 0:00 les valeurs du pays traditionnel ↗ · 1:22 les initiatives de brûlage de savane ↗ · 2:19 les techniques de gestion du feu ↗ · 3:38 le brûlage aérien moderne ↗ · 4:35 les bénéfices pour l’environnement ↗ · 5:34 l’impact économique et culturel ↗ · 6:52 les projets à venir ↗

Chez nousClean Energy Regulator

Le brûlage précoce, méthode homologuée du marché carbone australien

Le régulateur fédéral présente le savanna fire management comme ce qu’il est devenu : une méthode de calcul opposable, qui transforme des feux allumés selon un savoir ancien en crédits carbone vendus sur un marché réglementé. C’est le moment précis où le savoir change de statut.

Pays : Australie · Langue : anglais · Durée : 6 min 24 · l’étude de cas du régulateur ↗

Repères : 0:00 les menaces sur la nature du Nord ↗ · 0:30 la gestion autochtone du feu ↗ · 1:22 restaurer la santé des écosystèmes ↗ · 2:32 réduire les émissions des grands feux ↗ · 3:27 l’impact économique et communautaire ↗ · 5:14 donner un rôle aux jeunes et à la culture ↗

Chez nousPBS SoCal — Tending the Wild
Index par mots-clés — cliquez pour ouvrir la vidéo à ce moment précis

Californie : le brûlage culturel après un siècle d’interdiction

Le même mécanisme qu’en terre d’Arnhem, sur un autre continent. Les Yurok, les Karuk et les Hupa rallument les feux courts et fréquents que la doctrine forestière avait proscrits, et l’épisode montre ce qu’ils entretiennent : noisetiers de vannerie, prairies, mosaïque d’habitats. Ce qui a été interdit ici pendant cent ans est ce qui manquait aux forêts qui ont brûlé depuis.

Pays : États-Unis (Californie) · Langue : anglais · Durée : 18 min 29 · PBS SoCal ↗

Repères : 0:35 un aîné explique le brûlage culturel ↗ · 10:40 un siècle d’interdiction du feu ↗ · 12:20 un septième de la Californie a brûlé ↗ · 14:40 restaurer par le feu ↗

Chez nousGlobal News (Canada)

Au Canada, l’agence des parcs s’y met à son tour

Parcs Canada a fait de l’intendance du feu par les Autochtones une ligne de travail officielle : formation, partenariats dans les parcs nationaux, appui aux gardiens autochtones. Le reportage rappelle ce que l’interdiction a produit — un siècle de combustible accumulé — et montre un brûlage conduit par la communauté.

Pays : Canada · Langue : anglais · Durée : 2 min 33 · Parcs Canada ↗

Le cours qui l’expliqueAustralian Academy of Science
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Le brûlage précoce exposé à l’Académie australienne des sciences

Les vidéos réunies dans cette fiche montrent la pratique : les rangers du Kimberley allument, la Californie rallume après un siècle d’interdiction, l’agence des parcs canadienne s’y met à son tour. Aucune n’explique pourquoi la méthode fonctionne, ni comment elle est devenue une politique publique chiffrée. Cette séance publique de l’Académie australienne des sciences le fait pendant une heure et demie, avec les deux personnes les mieux placées. Dean Yibarbuk, propriétaire traditionnel de Djinkarr, écologue du feu, directeur d’Arnhem Land Fire Abatement et coprésident de l’Indigenous Carbon Industry Network — l’organisme même que la colonne voisine cite en source — décrit la réunion d’avant-saison où le calendrier des feux se décide ensemble, puis ce que le dispositif rapporte aux communautés. Jeremy Russell-Smith, directeur de recherche du Darwin Centre for Bushfire Research et trente-cinq ans de travaux sur le feu de savane, pose la phrase qui tient toute la fiche : le vrai problème n’est pas l’étendue du feu dans le Nord, c’est sa saisonnalité. Une diapositive oppose alors les deux régimes — feux précoces, prescrits avant août, et feux tardifs, subis après août — et la suite raconte comment l’État australien en a tiré un cadre réglementaire, et ConocoPhillips le premier contrat d’achat.

Peuple : Aborigènes de la terre d’Arnhem · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 1 h 26 min · Repères : 26:35 la réunion d’avant-saison où se décide le calendrier des feux ↗ · 28:00 ce que le programme rapporte aux communautés ↗ · 48:15 « le problème n’est pas l’étendue du feu, c’est sa saisonnalité » ↗ · 49:10 la diapositive qui oppose feux précoces et feux tardifs ↗ · 50:10 le cadre réglementaire du carbone ↗ · 54:55 ConocoPhillips, le premier acheteur ↗ · 57:35 « une approche très structurée », pas un processus au hasard ↗ · repères relevés au défilement, à dix secondes près · la séance sur le site de l’Académie ↗

② Le mécanisme

Le feu n'est pas un accident à empêcher mais un flux à cadencer. On règle la fréquence pour supprimer l'intensité.

③ Notre angle mort

La doctrine de suppression totale a fabriqué les mégafeux que nous constatons en Australie, en Californie et en Méditerranée.

④ L'application

La Californie reconnaît désormais l'autorité des tribus sur les brûlages culturels. Ceux qui savent faire redeviennent ceux qui font.

⑤ Ce que ça ne veut pas dire

Le calendrier des brûlages est propre à chaque écosystème et ne s'exporte pas tel quel d'un continent à l'autre. Ce qui se transfère, c'est le principe — cadencer plutôt que supprimer — et le fait que la compétence doit rester chez ceux qui la détiennent.

FICHE 03 · EAU ET COMMUNS●●● transfert mesuré

Un calendrier vieux de mille ans a battu la planification agronomique

À Bali, l'eau des rizières est répartie depuis un millénaire par un réseau de temples. Dans les années 1970, la Révolution verte a imposé de l'ignorer. L'expérience a été faite, et les résultats sont chiffrés.

Chez euxVidéo publiée sur EWA
Index par mots-clés — en préparation

Ce documentaire ne comporte aucune transcription publiée : les repères seront posés au visionnage, comme pour les deux fiches ci-dessus, avant d’être ajoutés ici.

Le subak balinais : gérer l'eau en commun depuis mille ans

Le subak est une association d'irrigants. Les temples de l'eau synchronisent les mises en eau et les jachères de l'ensemble du bassin versant : personne ne décide seul, et le calendrier rituel fait office de protocole hydraulique et sanitaire.

Peuple : Balinais · Territoire : Asie · Source : The Future of Food Journal — voir la fiche sur EWA

Chez nousExpérience grandeur nature

Bali, années 1970-1990 : la Révolution verte, l'échec, puis le retour au modèle des temples

1 % contre 50 %

de pertes dues aux ravageurs : environ 1 % avec les récoltes synchronisées du système traditionnel, plus de 50 % avec la culture continue imposée par la planification moderne.

Privées de jachères coordonnées, les rizières ont subi des pullulations de ravageurs et des pénuries d'eau ; des milliers de tonnes de riz ont été perdues. La modélisation informatique de Stephen Lansing et James Kremer a montré que la coordination au niveau des temples produisait les meilleurs rendements — entre 4,9 et 8,6 tonnes par hectare. Le modèle a ensuite été installé dans les services d'irrigation.

Sources

Étude de cas SESYNC d'après Lansing & Kremer · Mongabay, 2024

Le mécanismePopTech
Index par mots-clés — cliquez pour ouvrir la vidéo à ce moment précis

Stephen Lansing : les temples de l’eau de Bali

L’anthropologue descend le réseau d’irrigation, du lac de cratère jusqu’aux rizières, et montre le cœur du système : la jachère synchronisée. En laissant les parcelles à sec en même temps, les subak affament les ravageurs — sans un gramme d’insecticide.

Peuple : Balinais · Territoire : Asie · Langue : anglais · Durée : 20 min 20 · Repères : chapitres de l’auteur · l’article de PNAS, 2017 ↗

Pourquoi ça tientStockholm Resilience Centre
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Elinor Ostrom : la tragédie des communs n’est pas une fatalité

La prix Nobel d’économie énumère les conditions qui permettent à un groupe de gérer durablement une ressource partagée : des frontières claires, des règles faites par ceux qui les subissent, des sanctions graduées. Le subak les remplit toutes — il en est le cas d’école, pas l’exception exotique.

Cadre : gouvernance des communs · Langue : anglais · Durée : 8 min 26 · Statut : élargissement théorique, pas preuve · le dossier UNESCO des subak ↗

Repères : 0:22 au-delà de la tragédie des communs ↗ · 2:10 le schéma au tableau ↗ · 4:10 cœur de l’argument ↗ · 8:20 conclusion ↗

La conférence qui l’expliqueGBH Forum Network
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Elinor Ostrom, conférence Nobel : les règles que les usagers se donnent

La carte précédente énonce la thèse en huit minutes. Ici, Elinor Ostrom la démontre en une heure, à Stockholm, en décembre 2009. Elle part de la vision des années 1960 — un bien commun est condamné, il faut l’État ou le marché — et lui oppose ce qu’elle a trouvé sur le terrain : systèmes d’irrigation du Népal, forêts du monde entier, jeux de laboratoire. Elle termine par les principes que l’on retrouve dans les communs qui durent. C’est la grille qui permet de lire le subak balinais comme autre chose qu’une curiosité locale.

Territoire : monde · Langue : anglais · Durée : 1 h 02 min · Repères : chapitres de l’auteur · 16:03 « les individus rationnels sont-ils prisonniers du dilemme ? » ↗ · 24:12 le cadre d’analyse ↗ · 31:41 la diversité des règles observées ↗ · 34:20 les principes, un par un ↗ · la conférence sur le site du prix Nobel ↗

② Le mécanisme

Une ressource partagée ne se gère pas par optimisation individuelle mais par synchronisation. Le calendrier rituel encode une solution que personne n'aurait su calculer, et que tout le monde peut suivre.

③ Notre angle mort

La planification agricole moderne raisonne parcelle par parcelle et rendement par rendement. Elle n'avait pas de case pour une règle collective dont l'efficacité tient précisément à ce que tout le monde l'applique en même temps.

④ L'application

C'est le même raisonnement qu'Elinor Ostrom a formalisé en huit principes de gouvernance des communs, à partir d'alpages suisses, de forêts japonaises et de canaux espagnols — travail récompensé par le prix Nobel d'économie en 2009, et utilisé aujourd'hui pour concevoir des pêcheries, des nappes phréatiques et des forêts communautaires.

⑤ Ce que ça ne veut pas dire

L'administration indonésienne n'est pas revenue au système traditionnel : elle a intégré le modèle informatique à ses propres services, en gardant la main sur les calendriers. Reconnaître qu'un savoir fonctionne et rendre aux communautés le pouvoir de l'appliquer sont deux choses différentes.

Fiche 04 · Mémoire et identité●●● mesuré, 3 pays

Savoir d'où l'on vient

Les trois fiches précédentes montrent ce que ces savoirs apportent quand nous les reprenons. Celle-ci pose l'autre question : que se passe-t-il, pour un peuple, quand il garde son savoir — ou quand on le lui arrache ? La réponse est chiffrée, et elle est brutale.

① Chez euxONF — chaîne officielle

Pour que survive la langue nakota

Louise BigEagle, 2021, 6 min — Office national du film du Canada.

« Quand tu ne connais ni ta langue ni ta culture, tu ne sais pas qui tu es. » Armand McArthur, 69 ans, est l'une des dernières personnes à parler couramment le nakota dans la bande Pheasant Rump, au sud de la Saskatchewan. Le film le suit pendant qu'il enseigne sa langue aux enfants de sa communauté.

C'est très exactement la variable que mesurent les chiffres de la colonne voisine : là où plus de la moitié des habitants parlent encore la langue du peuple, le suicide des jeunes est sept fois plus rare.

Nakota — bande Pheasant Rump · Amérique du Nord · Français et nakota · Fiche du film sur onf.ca ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Trois écarts que rien d'autre n'explique

137,5 → 0suicides pour 100 000 jeunes, selon que la communauté a tout perdu ou tout gardé
× 7moins de suicides là où la langue est encore parlée par plus de la moitié des habitants
× 1,9plus de violences physiques subies par les descendants des enfants arrachés à leur famille

Ces écarts ne viennent pas d'un programme de prévention, d'un budget de santé ou d'un plan d'action. Ils viennent de ce que la communauté a conservé — ou de ce qu'on lui a retiré.

Ce que la langue tientCBC News
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La seule école d’immersion mi’kmaq au monde

À Eskasoni, en Nouvelle-Écosse, les enfants font toute leur scolarité en mi’kmaq. Deux des facteurs mesurés par Chandler et Lalonde — la langue, et l’école tenue par la communauté — sont ici réunis dans une même salle de classe. Les chiffres de cette fiche ressemblent, sur le terrain, à cela.

Peuple : Mi’kmaq · Territoire : Amérique du Nord · Langues : anglais et mi’kmaq · Durée : 10 min 50 · Source : CBC News

Repères : 0:30 la seule école d’immersion mi’kmaq au monde ↗ · 3:00 l’instituteur explique la méthode ↗ · 5:35 les études : l’anglais n’y perd rien ↗ · 6:55 combien de locuteurs restent ↗

Ce que la rupture coûteHistorica Canada
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Lillian Elias, survivante des pensionnats, redevenue enseignante de sa langue

Une aînée inuvialuite raconte l’interdiction de sa langue au pensionnat, puis le travail d’une vie pour la rendre aux enfants. La brisure et sa réparation tiennent ici dans le même récit, en une minute quarante. Témoignage sur les pensionnats autochtones.

Peuple : Inuvialuit · Territoire : Amérique du Nord · Langue : français · Durée : 1 min 43 · Repères : chapitres de l’auteur · le rapport de la Commission de vérité et réconciliation ↗

② Continuité culturelle

Quand une communauté garde son récit, ses jeunes cessent de mourir

Entre 1987 et 1992, deux chercheurs ont recensé les 220 suicides survenus chez les 17 902 jeunes autochtones de Colombie-Britannique, puis ont regardé, communauté par communauté, si six choses étaient encore là : l'autonomie de la bande, une revendication territoriale en cours, le contrôle de l'école, celui de la santé, celui de la police et des pompiers, et un lieu culturel à soi.

Les communautés qui avaient tout perdu enregistraient 137,5 suicides pour 100 000 jeunes. Celles qui avaient conservé les six : aucun suicide en cinq ans. Entre les deux, l'écart va de zéro à plus de 3 600 pour 100 000 — autrement dit, la moyenne « autochtone » ne veut rien dire. Ce qui compte, c'est de savoir si le peuple a gardé la main sur sa propre histoire.

Suicide des jeunes selon ce que la communauté a conservé — Colombie-Britannique, 196 bandes, 1987-1992

Aucun des six marqueurs conservé

137,5

Moyenne des jeunes autochtones de la province

108,4

Moyenne des jeunes non-autochtones de la province

24,0

Les six marqueurs conservés

0

Taux annuels pour 100 000 jeunes. 220 suicides recensés sur 17 902 jeunes. Chandler & Lalonde, 1998.

Source — Chandler, M. J. & Lalonde, C. (1998), Cultural Continuity as a Hedge against Suicide in Canada's First Nations, Transcultural Psychiatry 35(2). Lire l'étude ↗

Le cours qui l’expliqueUniversité McGill
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La continuité culturelle expliquée en cours, marqueur par marqueur

Neuvième séance du cours de psychiatrie culturelle de l’Université McGill. Laurence Kirmayer projette d’abord la dispersion des taux de suicide d’une communauté à l’autre — la démonstration que la moyenne « autochtone » ne veut rien dire — puis la liste même des six marqueurs retenus par Chandler et Lalonde : autonomie de la bande, revendication territoriale, école, santé, police et pompiers, lieu culturel. Il termine en passant en revue ce qui pourrait expliquer l’écart autrement, et pourquoi aucune de ces explications ne suffit. Cours universitaire capté en salle, diapositives lisibles.

Repères : 20:40 la dispersion des taux ↗ · 23:00 les six marqueurs ↗ · 30:50 les interprétations concurrentes ↗ · Durée : 1 h 32 min · Langue : anglais · la 1re partie du même cours ↗

③ La langue

À elle seule, la langue divise le suicide par sept

Neuf ans plus tard, les mêmes chercheurs ont ajouté un septième marqueur sur 152 communautés : la proportion d'habitants capables de tenir une conversation dans la langue ancestrale. Un seuil apparaît, net, à la moitié de la population.

En valeur absolue, l'écart est presque brutal : un seul suicide en six ans dans les 16 communautés où la langue est encore vivante, contre 84 suicides dans les 136 autres. Et ce facteur reste prédictif indépendamment des six premiers. La langue n'est pas un ornement qui viendrait avec le reste : c'est le véhicule qui transporte le savoir. Quand elle s'arrête, le savoir ne circule plus.

Suicide des jeunes selon la vitalité de la langue — 152 communautés, 1987-1992

Moins de la moitié des habitants parlent la langue — 136 communautés, 84 suicides

96,6

Plus de la moitié des habitants parlent la langue — 16 communautés, 1 suicide

13,0

Taux annuels pour 100 000 jeunes. Hallett, Chandler & Lalonde, 2007.

Source — Hallett, D., Chandler, M. & Lalonde, C. (2007), Aboriginal language knowledge and youth suicide, Cognitive Development 22. Lire l'étude ↗

La recherche qui généraliseSOAS, Université de Londres
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Le même lien, testé ailleurs qu’au Canada

Le chiffre de cette carte vient de Colombie-Britannique. Ce séminaire de l’École des études orientales et africaines de Londres montre que la relation ne s’arrête pas là : Justyna Olko y présente les résultats d’un programme européen mené sur quatre terrains nahua au Mexique et sur le wymysorys en Pologne, où la vitalité de la langue héritée est mise en regard du bien-être psychologique et de la santé déclarée. La démonstration est de même nature — corrélation robuste, effet protecteur — sur des populations qui n’ont rien à voir avec les Premières Nations. Séminaire universitaire ; l’auteure annonce elle-même ses résultats comme préliminaires.

Repères : 7:00 le programme « Language as a Cure » ↗ · 15:00 les quatre terrains ↗ · 40:00 les résultats ↗ · 55:00 la discussion ↗ · Durée : 1 h 18 min · Langue : anglais

④ La rupture

Ce qui arrive quand on arrache un peuple à son passé

Le lien entre mémoire et violence est difficile à prouver dans le bon sens. Il est, hélas, très bien documenté dans l'autre : deux pays ont retiré de force des enfants autochtones à leurs familles pendant des décennies, et les conséquences ont été comptées.

Australie — les « générations volées ». Environ 17 150 survivants et 114 800 descendants adultes, soit un tiers de la population autochtone adulte du pays. Comparés aux autres Australiens autochtones, les descendants sont :

× 1,9

plus susceptibles d'avoir subi ou d'avoir été menacés de violence physique

× 1,5

plus susceptibles d'avoir été arrêtés dans les cinq dernières années

× 2,0

plus susceptibles d'avoir subi des discriminations

× 1,6

plus susceptibles d'être en mauvaise santé générale

Canada — les pensionnats autochtones. L'effet se lit sur trois générations, et ce n'est pas une métaphore : c'est mesuré.

Santé psychique selon l'exposition familiale aux pensionnats — Premières Nations, Canada
Au moins un parent ou grand-parent passé par un pensionnat Aucun

Idées suicidaires au cours de la vie — adultes, parent concerné

37,2 %
25,7 %

Tentative de suicide — adultes, grand-parent concerné

20,4 %
13,1 %

Symptômes dépressifs — jeunes, parent concerné

31,4 %
20,4 %

Pourcentages. Enquêtes régionales sur la santé des Premières Nations. Bombay, Matheson & Anisman, 2014.

Sources — AIHW (2018), Stolen Generations and descendants, rapport ↗ · Bombay, A., Matheson, K. & Anisman, H. (2014), The intergenerational effects of Indian Residential Schools, Transcultural Psychiatry 51(3), texte intégral ↗

⑤ Le mécanisme, à l'échelle d'une famille

À l'université Emory, 66 adolescents ont répondu à vingt questions du type « sais-tu comment tes grands-parents se sont rencontrés ? ». Le score obtenu est la seule variable de l'étude corrélée à toutes les autres : estime de soi, sentiment de contrôle, moins d'anxiété, moins d'agressivité. Après le 11 septembre 2001, ces mêmes enfants se sont montrés les plus résilients.

⑥ Le même mécanisme, à l'échelle du monde

Une méta-analyse de 184 études confirme le lien entre identité et bien-être (r = 0,17), plus fort à l'adolescence. Une revue de 25 études portant sur 19 231 adolescents autochtones trouve une association positive dans 72 % des cas — et aucun effet négatif.

⑦ Ce qui compte vraiment

119 détenus aborigènes suivis deux ans après leur libération, en Australie. L'engagement culturel — pratiquer, revenir sur le territoire — prédit la non-récidive violente. L'identité déclarée seule n'a aucun effet. Se dire héritier ne protège pas ; transmettre, oui.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Corrélation n'est pas causalité. Les études canadiennes comparent des communautés, pas des individus : on ne peut pas exclure qu'une communauté en bonne santé préserve mieux sa langue, plutôt que l'inverse — leurs auteurs le disent eux-mêmes. L'effet moyen est modeste (r = 0,17) ; les écarts spectaculaires viennent de populations à très haut risque, où un facteur protecteur a de la place pour se voir. L'étude « Do You Know » porte sur 66 adolescents de familles diplômées et biparentales, et a été reprise parfois au-delà de ce qu'elle autorise. Enfin, aucune étude ne dit directement « connaître les savoirs de son peuple → moins de violences avec victimes » : le raisonnement passe par les maillons ci-dessus, continuité culturelle → santé psychique → engagement culturel → moindre récidive violente.

Les neuf références
  1. Chandler, M. J. & Lalonde, C. (1998). Cultural Continuity as a Hedge against Suicide in Canada's First Nations. Transcultural Psychiatry, 35(2), 191-219. PDF ↗
  2. Hallett, D., Chandler, M. & Lalonde, C. (2007). Aboriginal language knowledge and youth suicide. Cognitive Development, 22(3), 392-399. PDF ↗
  3. Duke, M., Lazarus, A. & Fivush, R. Knowledge of family history as a clinically useful index of psychological well-being and prognosis. Université Emory. Synthèse ↗
  4. Feiler, B. The Stories That Bind Us — reprise grand public de l'échelle « Do You Know ». Lire ↗
  5. Smith, T. B. & Silva, L. (2011). Ethnic identity and personal well-being of people of color: a meta-analysis. Journal of Counseling Psychology, 58(1), 42-60. PubMed ↗
  6. Doery, E., Satyen, L., Paradies, Y. & Toumbourou, J. W. (2023). The Relationship Between Cultural Engagement and Psychological Well-being Among Indigenous Adolescents: A Systematic Review. Journal of Cross-Cultural Psychology. Résumé ↗
  7. Shepherd, S. M. et coll. (2017). The impact of indigenous cultural identity and cultural engagement on violent offending. BMC Public Health, 17. Article ↗
  8. Australian Institute of Health and Welfare (2018). Aboriginal and Torres Strait Islander Stolen Generations and descendants. Rapport ↗
  9. Bombay, A., Matheson, K. & Anisman, H. (2014). The intergenerational effects of Indian Residential Schools. Transcultural Psychiatry, 51(3). PDF ↗
Fiche 05 · Soigner ●●● essais randomisés, 9 pays

Ce que la pharmacie doit à un savoir désigné

Quinine, curare, artémisinine. On raconte souvent ces découvertes comme des trouvailles de forêt. Ce sont des plantes désignées : quelqu’un savait déjà à quoi elles servaient, et l’a dit. Ce qui suit mesure la valeur de cette indication.

① Chez euxUniversité de Montréal
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Plantes médicinales : traditions et savoirs autochtones

Rencontre publique du 22 juin 2021, 1 h 30 — Campus MIL, Université de Montréal.

Michel Durand Nolett, Abénaki d’Odanak et responsable du Bureau environnement et terre de sa communauté, est assis à la même table que trois universitaires : un pharmacologue, un ethnobotaniste et un médecin de famille. On y compte par centaines les espèces utilisées traditionnellement par les communautés autochtones du Canada.

La discussion va droit aux questions que pose cette fiche : que devient un savoir quand un laboratoire le teste, qui dépose le brevet, et pourquoi ces plantes entrent — ou n’entrent pas — dans la pratique médicale courante. C’est le détenteur du savoir qui parle, et les chercheurs qui répondent.

Peuple : Abénakis d’Odanak · Territoire : Amérique du Nord · Langue : français · Page de la rencontre ↗

Repères : 3:00 michel Durand Nolett, aîné abénakis d’Odanak ↗ · 9:00 pierre Haddad, pharmacologue ↗ · 20:30 savoirs des plantes et science, le dialogue ↗ · 35:20 alain Cuerrier, ethnobotaniste ↗ · 58:50 samuel Blain, médecin : retour en clinique ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Une liste courte, et elle était déjà écrite

80 %des médicaments d’origine végétale avaient déjà, chez eux, exactement l’usage qu’on leur donne chez nous
− 22,5 %de mortalité du paludisme grave chez l’enfant, pour la plante chinoise contre la plante andine
28,6 → 13,8décès du paludisme pour 100 000 personnes exposées, dans le monde, entre 2000 et 2024

Aucun de ces trois chiffres ne vient d’un criblage au hasard. Chacun part d’une plante que quelqu’un avait indiquée, souvent des siècles plus tôt, en précisant à quoi elle servait et comment la préparer.

La preuve par la lauréateFondation Nobel
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Tu Youyou : l’artémisinine, un cadeau de la médecine chinoise au monde

Conférence Nobel du 7 décembre 2015. La lauréate montre elle-même le passage du traité de Ge Hong, écrit au IVe siècle, qui lui a donné la clé : ne pas chauffer la plante. C’est l’extraction à froid qui a fait passer l’efficacité de quelques pourcents à cent. Le savoir ne donnait pas seulement la plante, il donnait le geste.

Savoir : pharmacopée chinoise ancienne · Langue : chinois traduit en anglais · Durée : 26 min 33 · Repères : 3:25 le plan d’ensemble de la découverte · 11:55 deux mille prescriptions relevées, six cent quarante retenues · 12:35 le traité de Ge Hong et l’extraction à froid · 13:15 le qinghao dans les manuscrits de Mawangdui · 17:45 ce que l’OMS mesure aujourd’hui · 22:45 la conclusion · le texte intégral de la conférence ↗

Et le retour ?Université de Neuchâtel
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Le protocole de Nagoya expliqué : l’accès, le partage — et un brevet révoqué

Sept minutes de cours (Université de Neuchâtel, droit de la biodiversité) pour comprendre le mécanisme du retour : accès aux ressources génétiques contre partage juste et équitable des avantages, du texte de 2010 à son application concrète. La vidéo se clôt sur le cas Umckaloabo® : un médicament tiré d’un pélargonium sud-africain et d’un savoir traditionnel, dont les brevets ont été révoqués après la réclamation venue d’Afrique du Sud. Le retour n’est plus seulement une question morale.

Cadre : droit de la biodiversité · Langue : français · Durée : 7 min 39 · le protocole de Nagoya ↗

Repères : 0:35 de la CDB (1992) à Nagoya (2010) ↗ · 2:15 le partage des avantages ↗ · 5:20 les connaissances traditionnelles ↗ · 6:40 umckaloabo® : brevets révoqués ↗

② La désignation

Quatre médicaments végétaux sur cinq faisaient déjà le même travail

Deux pharmacognostes de l’université de l’Illinois ont recensé tous les médicaments d’usage mondial constitués d’une molécule de structure définie extraite d’une plante supérieure. Ils en trouvent 122, issus de 94 espèces seulement — sur les quelque 300 000 plantes à fleurs décrites.

Pour 80 % d’entre eux, il existait un usage traditionnel identique ou apparenté à l’usage moderne de la molécule active. Autrement dit : dans quatre cas sur cinq, la molécule fait chez nous ce que la plante faisait déjà chez eux. Et 94 espèces, ce n’est pas une exploration systématique de la forêt : c’est une liste courte, transmise.

Les 122 médicaments issus de plantes supérieures, selon qu’un usage traditionnel identique existait ou non

Usage traditionnel identique ou apparenté

80 %

Aucune correspondance traditionnelle

20 %

122 molécules de structure définie, issues de 94 espèces de plantes supérieures. Fabricant & Farnsworth, 2001.

Source — Fabricant, D. S. & Farnsworth, N. R. (2001), The value of plants used in traditional medicine for drug discovery, Environmental Health Perspectives 109 (suppl. 1). Notice et résumé ↗

Le séminaire qui l’expliqueEmory University · séminaire Cornell
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Pourquoi la liste est courte : le mécanisme, montré au tableau

Cassandra Quave enseigne l’ethnobotanique médicale à Emory ; ce séminaire, donné devant la section de biologie végétale de Cornell, montre le mécanisme même que la carte chiffre. À 9:40, une diapositive aligne quatre médicaments et les quatre plantes dont l’usage traditionnel les a désignés : saule et aspirine, digitale et digoxine, podophylle et étoposide, pavot et codéine-morphine. À 12:01, l’exemple d’Artemisia annua et du manuel chinois de 1574 que Tu Youyou a relu avant d’isoler l’artémisinine. À 15:01, le schéma qui porte l’argument : entre « toute la diversité biologique » d’un côté et les « savoirs et pratiques humaines » de l’autre, l’ethnobotanique sert de lentille — c’est ce que veut dire, dans la carte, « 94 espèces seulement ». Séminaire universitaire, chapitré par l’auteure.

Repères : 9:40 quatre plantes, quatre médicaments ↗ · 12:01 Artemisia annua et le Nobel ↗ · 15:01 l’ethnobotanique comme filtre ↗ · 16:12 l’enquête de terrain ↗ · 19:08 le partage des avantages ↗ · Durée : 57 min 12 · Langue : anglais

③ L’épreuve de l’essai clinique

Deux plantes désignées, mises face à face sur 6 886 malades

L’essai AQUAMAT a comparé, par tirage au sort, l’artésunate — dérivé de l’armoise annuelle, indiquée par la pharmacopée chinoise — à la quinine — tirée de l’écorce de quinquina, indiquée par les guérisseurs andins — chez 5 425 enfants atteints de paludisme grave, dans 11 centres de 9 pays africains. Résultat : 8,5 % de décès contre 10,9 %, soit une baisse relative de la mortalité de 22,5 %.

Cinq ans plus tôt, l’essai SEAQUAMAT avait donné le même sens sur 1 461 patients d’Asie du Sud-Est : 34,7 % de mortalité en moins. Il faut lire ces deux essais pour ce qu’ils sont : ce n’est pas la plante contre la molécule. C’est une plante désignée par une tradition qui l’emporte sur une plante désignée par une autre — laquelle était, depuis trois siècles, le meilleur traitement dont nous disposions.

Mortalité hospitalière du paludisme grave : artésunate contre quinine
Artésunate (armoise annuelle) Quinine (quinquina)

SEAQUAMAT — 1 461 patients, Asie du Sud-Est, 2005

14,7 %
22,4 %

AQUAMAT — 5 425 enfants, 9 pays d’Afrique, 2010

8,5 %
10,9 %

Les deux essais portent sur des populations différentes : comparer chaque bras à son propre témoin, non d’un essai à l’autre. The Lancet, 2005 et 2010.

Sources — SEAQUAMAT group (2005), Artesunate versus quinine for treatment of severe falciparum malaria, The Lancet 366. Article ↗ · Dondorp, A. M. et coll. (2010), AQUAMAT, The Lancet 376. Résumé ↗

La conférence qui l’expliqueUniversité de Liège · Académie royale de Médecine de Belgique
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Les deux désignations, l’une après l’autre

La carte ne dit pas « la plante contre la molécule ». Elle dit qu’une plante désignée par une tradition l’emporte sur une plante désignée par une autre. Michel Frédérich, qui dirige le laboratoire de pharmacognosie de l’université de Liège, raconte ici les deux désignations à la suite. À 7:00, la diapositive du Wu Shi Er Bing Fang, les « Prescriptions pour 52 maladies » : un texte médical chinois compilé entre 1065 et 771 avant notre ère, où le qinghao — nom chinois de l’Artemisia annua — est indiqué contre les fièvres. À 10:00, la découverte du quinquina, et à 11:30 la quinine qu’on en tire, jusqu’aux affiches publicitaires du siècle dernier. Les deux pharmacopées sont mises côte à côte, exactement comme l’essai les met face à face.

Conférence en français, devant l’Académie royale de Médecine de Belgique. Elle date de 2013 et ne commente pas les essais SEAQUAMAT et AQUAMAT eux-mêmes : elle établit d’où viennent les deux plantes, les chiffres restent portés par les deux articles du Lancet cités ci-dessus.

Repères : 7:00 le manuscrit chinois, première mention du qinghao ↗ · 7:30 l’armoise annuelle ↗ · 10:00 la découverte du quinquina ↗ · 11:30 le quinquina et la quinine ↗ · 15:00 ce que recommande l’OMS ↗ · Durée : 37 min 20 · Langue : français

④ Ce que ça a changé

La courbe mondiale du paludisme a été cassée

Le taux de mortalité palustre dans le monde, rapporté aux populations exposées, est passé de 28,6 à 13,8 pour 100 000 entre 2000 et 2024. Sur la période, l’Organisation mondiale de la santé estime que 2,3 milliards de cas et 14 millions de décès ont été évités. Le paludisme reste massif — 282 millions de cas et 610 000 morts en 2024 — mais la pente a changé.

Ce n’est pas l’artémisinine seule : moustiquaires, pulvérisation et diagnostic rapide comptent aussi. Mais la diffusion des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine est mesurable : chez les enfants de moins de cinq ans traités, leur part est passée d’une médiane de 34 % à 68 %. Le comité Nobel, en attribuant le prix 2015 à Tu Youyou, donnait l’ordre de grandeur : plus de 100 000 vies sauvées chaque année pour la seule Afrique.

Mortalité palustre dans le monde — décès annuels pour 100 000 personnes exposées

2000

28,6

2024

13,8

80 pays d’endémie palustre. OMS, World malaria report 2025.

Part des enfants de moins de 5 ans traités qui reçoivent une combinaison à base d’artémisinine

2005-2011

34 %

2017-2024

68 %

Valeurs médianes, enquêtes ménages en pays d’endémie. OMS, World malaria report 2025.

Source — Organisation mondiale de la santé (2025), World malaria report 2025. Rapport ↗ · Fondation Nobel (2015), communiqué du prix de physiologie ou médecine. Communiqué ↗

La conférence qui l’expliqueAcadémie des sciences · hommage au Pr Ogobara Doumbo
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La courbe, chiffre par chiffre, devant l’Académie

Martin Danis, professeur émérite de parasitologie, reprend ici l’exposé dans l’ordre même où la carte l’énonce : le rapport mondial d’abord (1:08), l’évolution régionale et mondiale ensuite (2:19), puis les moyens — l’argent investi (4:42), la livraison des produits (8:49) — et enfin les traitements, avec la diffusion des combinaisons à base d’artémisinine et les résistances qui leur répondent (13:00 et 14:19). On y voit que la pente n’a pas changé toute seule : elle est le produit d’un dispositif, dont l’artémisinine n’est qu’une pièce.

Conférence en français, à l’Académie des sciences, en hommage au professeur malien Ogobara Doumbo. Elle s’appuie sur le rapport mondial 2018 ; les valeurs de la carte viennent, elles, du rapport 2025. Le sens est le même, les chiffres à l’écran sont plus anciens.

Repères : 2:19 l’évolution régionale et mondiale ↗ · 13:00 diffusion et résistance ↗ · 14:19 les combinaisons à base d’artémisinine ↗ · 19:43 la chimiorésistance ↗ · Durée : 30 min 54 · Langue : français

⑤ Une plante désignée est déjà le résultat d’un tri

Le criblage au hasard part de plusieurs centaines de milliers d’espèces. Les 122 médicaments végétaux du monde viennent de 94. Ce rétrécissement n’a pas été produit par un laboratoire : il a été produit par des générations d’usage, où chaque plante inefficace a été abandonnée et chaque plante utile transmise. Une pharmacopée n’est pas l’inventaire d’une flore : c’est une flore déjà filtrée.

⑥ Le savoir ne porte pas que sur la plante — il porte sur le geste

Les premiers extraits d’armoise obtenus par l’équipe de Tu Youyou étaient d’activité irrégulière. La solution est venue du texte : un manuel d’urgences chinois du IVe siècle prescrit de faire tremper la plante et d’en boire le jus pressé — et ne mentionne aucune chauffe. La molécule était détruite par la chaleur. L’indication ancienne contenait, en creux, la contrainte physico-chimique.

⑦ Un usage prolongé est aussi une donnée

Une plante employée pendant des siècles sur des populations entières a traversé une observation grandeur nature de sa toxicité aux doses usuelles. Ce n’est pas un essai clinique, mais ce n’est pas rien : les produits naturels et leurs dérivés gagnent en part relative à mesure qu’on avance dans les phases d’essai — d’environ 35 % en phase I à 45 % en phase III, l’inverse des composés purement synthétiques.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Ce n’est pas une histoire de coopération équitable. La quinine, le curare et l’artémisinine ont enrichi des industries et des États ; les Quechuas et les peuples amazoniens n’en ont rien perçu. Le protocole de Nagoya, en vigueur depuis 2014, impose désormais consentement préalable et partage des avantages — mais il ne rétroagit pas. Le cas du Hoodia le résume : brevet déposé en 1995 sur une plante coupe-faim utilisée par les San, sans leur consentement ; accord de partage signé huit ans plus tard, à 6 % des redevances, accepté « à contrecœur ». Toutes les plantes traditionnelles ne fonctionnent pas. Dans la seule comparaison directe que nous ayons pu vérifier — 53 espèces du Nordeste brésilien testées contre onze micro-organismes —, la sélection par le savoir local donne 50 % d’extraits actifs contre 36,8 % pour le hasard : un avantage réel, modeste, sur un échantillon trop petit pour conclure. Et le chiffre de 80 % se lit à l’envers du sens intuitif : il dit la part des médicaments retenus qui avaient un antécédent traditionnel, pas la part des plantes traditionnelles qui donnent un médicament. La validation moderne reste indispensable. L’OMS ne soutient pas l’usage de l’armoise en tisane contre le paludisme : la teneur en principe actif y varie trop, ce qui expose à la rechute et accélère les résistances — déjà confirmées en Érythrée, au Rwanda, en Ouganda et en Tanzanie. Isolement, dosage, essai contrôlé, association : cette chaîne n’est pas une formalité ajoutée au savoir autochtone, c’est ce qui lui permet de tenir à l’échelle de centaines de millions de personnes.

Les neuf références
  1. Fabricant, D. S. & Farnsworth, N. R. (2001). The value of plants used in traditional medicine for drug discovery. Environmental Health Perspectives, 109 (suppl. 1), 69-75. Notice ↗
  2. SEAQUAMAT group (2005). Artesunate versus quinine for treatment of severe falciparum malaria: a randomised trial. The Lancet, 366(9487), 717-725. Article ↗
  3. Dondorp, A. M., Fanello, C. I., Hendriksen, I. C. E. et coll. (2010). Artesunate versus quinine in the treatment of severe falciparum malaria in African children (AQUAMAT). The Lancet, 376(9753), 1647-1657. Résumé ↗
  4. Organisation mondiale de la santé (2025). World malaria report 2025. Genève. Rapport ↗
  5. Wang, J., Xu, C., Wong, Y. K. et coll., avec Tu, Y. (2019). Artemisinin, the Magic Drug Discovered from Traditional Chinese Medicine. Engineering, 5(1), 32-39. Article ↗
  6. Achan, J., Talisuna, A. O., Erhart, A. et coll. (2011). Quinine, an old anti-malarial drug in a modern world. Malaria Journal, 10, 144. PDF ↗
  7. Raghavendra, T. (2002). Neuromuscular blocking drugs: discovery and development — trajectoire du curare, du poison de flèche à l’anesthésie. Journal of the Royal Society of Medicine, 95(7), 363-367. Article ↗
  8. Organisation mondiale de la santé (2019). The use of non-pharmaceutical forms of Artemisia. Position ↗
  9. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique. Protocole de Nagoya et étude de cas n° 7 : le développement commercial du Hoodia. PDF ↗
Fiche 06 · Eau et nappes ●●○ mesuré, un bassin instrumenté

Faire revenir une rivière

Au Rajasthan, l’ingénierie hydraulique avait tranché : les retenues de terre des villages étaient un archaïsme. À partir de 1985, un district a fait le contraire de ce que disait le plan. Cinq rivières saisonnières y coulent aujourd’hui toute l’année. La fiche 03 traitait de la gestion collective de l’eau ; celle-ci porte sur l’ouvrage lui-même.

① Chez euxDecode Mediacom
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The Waterman of India — Dr Rajendra Singh

Ankur Didwania, 2018, 14 min 50 — Decode Mediacom.

Le film suit Rajendra Singh sur le terrain, du premier johad recreusé à Gopalpura aux rivières remises en eau. Il montre ce que les chiffres ne montrent pas : des villageois qui creusent eux-mêmes, à la pelle et au panier, une retenue en terre en travers d’un vallon.

Il documente aussi le conflit — l’opposition des exploitants de carrières de marbre, les procès, l’ordre administratif de démolir un ouvrage construit sans autorisation. Restaurer une rivière n’a jamais été un geste consensuel.

Territoire : Rajasthan, Inde · District : Alwar · Langue : anglais · Page du producteur ↗

Repères : 0:55 l’eau franchit un johad ↗ · 4:20 creuser soi-même, à la pelle et au panier ↗ · 10:55 le combat contre les mines de Sariska ↗ · 12:35 magsaysay 2001 et prix de l’eau de Stockholm ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Trois chiffres, dont un seul est instrumenté

8 600retenues de terre reconstruites en trente ans, dans un millier de villages
7 %de la pluie annuelle rendue à la nappe par ces ouvrages — mesuré, en année sèche comme en année humide
0 → 5rivières saisonnières redevenues pérennes, attestées seize ans après le premier chantier

Les deux premiers chiffres n’ont pas le même statut, et il faut le dire d’emblée : le décompte des ouvrages vient d’enquêtes de l’association ; le taux de recharge vient d’un bassin instrumenté pendant deux moussons par deux hydrologues de l’université de Sydney.

Le même geste au SahelRight Livelihood

Yacouba Sawadogo : le zaï contre le désert

Au Yatenga, un paysan burkinabè reprend une technique de trous de plantation que l’agronomie avait rangée au rayon des archaïsmes, et fait repousser quarante hectares de forêt sur un sol déclaré perdu. Même principe qu’au Rajasthan : retenir l’eau là où elle tombe, au lieu de la conduire ailleurs. Il est mort le 3 décembre 2023.

Peuple : Mossi · Territoire : Afrique · Langues : anglais et mooré · Durée : 1 min 51 · la notice du PNUE ↗

Le même geste dans les AndesCONDESAN

Les amunas de Huamantanga : infiltrer l’eau pour la retrouver plus tard

Au-dessus de Lima, des canaux d’infiltration préincas ont été remis en service : l’eau de la saison des pluies s’enfonce dans la montagne et ressort aux sources plusieurs semaines plus tard. Quatre-vingt-six kilomètres de canaux, quinze millions de mètres cubes par an, mesurés. Le johad rajasthani a un cousin andin.

Peuples : communautés andines de Huamantanga · Territoire : Amérique du Sud · Langue : espagnol · Durée : 10 min 27 · l’étude de cas de la CNULCD ↗

Le séminaire qui l’expliqueAustralian Water School
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Mesurer la recharge, village par village : le programme MARVI

Le johad fait remonter la nappe — de combien, et qui le sait ? Ce séminaire technique de cinquante minutes présente MARVI, programme indo-australien mené de 2012 à 2017 dans le district d’Udaipur (Rajasthan) et celui de Sabarkantha (Gujarat), piloté par l’université Western Sydney et financé par l’ACIAR. Son principe : former des villageois, les Bhujal Jankaars, à relever eux-mêmes le niveau des puits et des retenues, semaine après semaine. On y voit la courbe de recharge cumulée d’une retenue, et ce que la mesure change dans ce que le village décide ensuite. C’est la contrepartie instrumentée du geste montré dans les cartes précédentes.

Territoire : Asie · Langue : anglais · Durée : 50 min 37 · Repères : 4:30 les acteurs du dispositif ↗ · 6:50 les Bhujal Jankaars, villageois formés à la mesure ↗ · 12:30 la courbe de recharge cumulée d’une retenue ↗ · 13:50 quatre attitudes face à l’eau souterraine ↗ · repères relevés au défilement, à dix secondes près · le programme MARVI, université Western Sydney ↗

② Les ouvrages

Un premier trou dans la terre, en 1985

Rajendra Singh arrive dans le district d’Alwar en 1985 ; le premier johad est recreusé à Gopalpura. Deux institutions ont instruit le dossier avant de décerner un prix, à seize ans d’écart, et leurs décomptes se recoupent : 4 500 johads en état de fonctionner dans 750 villages en 2001 pour la Fondation Ramon Magsaysay ; 8 600 ouvrages, un millier de villages en 2015 pour le comité du Stockholm Water Prize.

Ce sont des ouvrages déclarés construits, non audités un par un. C’est une limite réelle, et elle ne change pas l’ordre de grandeur : ce district a rebâti, à la main, un réseau hydraulique que l’administration avait cessé d’entretenir.

Retenues de terre reconstruites dans le district d’Alwar et ses voisins

1985 — arrivée de Tarun Bharat Sangh

0

2001 — 750 villages

4 500

2015 — 1 000 villages

8 600

Décomptes retenus par la Fondation Ramon Magsaysay (2001) et par le comité de nomination du Stockholm Water Prize (2015).

Sources — Ramon Magsaysay Award Foundation (2001), citation Rajendra Singh. Citation ↗ · Stockholm Water Foundation (2015), The water man of India wins 2015 Stockholm Water Prize. Communiqué ↗

Le cours qui l’expliqueSt. Xavier’s College, Calcutta
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Un module de cours refait le parcours, diapositive après diapositive

Ce module appartient à un cours en ligne de sociologie de l’environnement ; il est présenté par Arup Kumar Mitra, professeur au département d’études environnementales du St. Xavier’s College de Calcutta. En vingt-quatre minutes, il déroule ce que la carte résume : ce qu’est un johad et comment on le construit, l’arrivée de Rajendra Singh à Bhikampura puis à Gopalpura, la Tarun Bharat Sangh, la superficie couverte en 2001 — et le chiffre qui vaut pour la carte suivante : trois cent soixante-quinze retenues sur la seule Arvari, une rivière qui s’est remise à couler en 1990 après plus de soixante ans à sec. Module de cours en ligne, en anglais, diapositives lisibles.

Repères : 1:30 la Tarun Bharat Sangh ↗ · 2:30 ce qu’est un johad ↗ · 3:30 le schéma d’un johad ↗ · 8:30 Bhikampura, puis Gopalpura ↗ · 10:30 l’Arvari, 375 retenues ↗ · 12:30 6 500 km² en 2001 ↗ · Durée : 23 min 49 · Langue : anglais · Repères relevés à la planche d’aperçus, approximatifs à dix secondes près

③ La mesure

Sept pour cent de la pluie, rendus à la nappe — et le chiffre ne bouge pas

C’est la seule mesure hydrologique de terrain publiée en revue à comité de lecture sur ce bassin. Claire Glendenning et Willem Vervoort ont instrumenté le bassin de l’Arvari — 476 km², plus de 366 ouvrages — pendant les moussons 2007 (année sèche, 436 mm de pluie) et 2008 (année humide, 714 mm). Sept retenues suivies en six positions du paysage, vingt-neuf puits pour lire la réponse de la nappe.

Résultat : sous les ouvrages, l’infiltration potentielle atteint 12 à 52 mm par jour, dont 3 à 7 mm rejoignent effectivement la nappe — soit 6,6 % de la pluie en 2007 et 7,1 % en 2008. C’est la stabilité qui compte : le dispositif rend la même part de la pluie qu’il pleuve peu ou beaucoup. À l’échelle d’un village, l’effet s’accumule : à Gopalpura, la nappe est remontée de 13,7 m sous la surface en 1987 à 6,7 m en 1996.

Part de la pluie annuelle infiltrée jusqu’à la nappe — bassin de l’Arvari

2007 — année sèche (436 mm de pluie)

6,6 %

2008 — année humide (714 mm de pluie)

7,1 %

476 km², 366 ouvrages, 7 retenues instrumentées, 29 puits suivis. Glendenning & Vervoort, 2011.

Profondeur de la nappe à Gopalpura, premier village équipé — moins la barre est longue, plus l’eau est proche

1987, avant les johads

13,7 m

1996, après

6,7 m

Un seul village, relevés de l’association rapportés par The EcoTipping Points Project. Conversion de 45 et 22 pieds. Échantillon local, non représentatif du bassin.

Source — Glendenning, C. J. & Vervoort, R. W. (2011), Hydrological impacts of rainwater harvesting in a case study catchment: The Arvari River, Rajasthan — Part 2, Agricultural Water Management 98(4). Notice ↗

Le cours qui l’expliqueInstitut indien de technologie de Madras · cours NPTEL « Sustainable Groundwater Management »
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La recharge, ouvrage par ouvrage

La carte mesure une part : sept pour cent de la pluie qui rejoignent la nappe sous les ouvrages de l’Arvari. Ce cours dit comment cela se produit, et comment on le mesure. Elango Lakshmanan passe en revue la famille d’ouvrages à laquelle appartient le johad : à 2:20 les mares d’infiltration, photographies à l’appui ; à 23:00 les seuils en travers, avec leur hauteur cotée à la main sur l’image. À 6:00, un graphique compare la recharge obtenue avec et sans ouvrage — c’est le geste de mesure de la carte. Et à 9:40, la diapositive la plus proche du propos : une carte de la remontée de la nappe autour d’un ouvrage de recharge, relevée puits par puits, exactement ce que la carte rapporte pour Gopalpura.

Cours universitaire en anglais, chaire NPTEL de l’Institut indien de technologie de Madras, cours « Sustainable Groundwater Management », mis en ligne en septembre 2026. Il porte sur l’Inde mais non sur le bassin de l’Arvari : il n’examine ni les relevés de Claire Glendenning et Willem Vervoort, ni les chiffres de cette carte. Il établit le mécanisme et la façon de le mesurer, pas le résultat cité ici.

Repères : 2:20 les mares d’infiltration ↗ · 6:00 la recharge mesurée, avec et sans ouvrage ↗ · 9:40 la nappe remonte autour de l’ouvrage ↗ · 23:00 les seuils en travers ↗ · Durée : 29 min 42 · Langue : anglais

④ Les rivières

Cinq cours d’eau que l’on croyait morts

L’Arvari, 45 km, coulait quelques semaines après la mousson puis s’asséchait. À mesure que les retenues se multipliaient dans son bassin, elle a cessé de s’arrêter : elle coule toute l’année depuis 1995-1996. Quatre autres cours d’eau du même massif ont suivi — Ruparel, Sarsa, Bhagani-Teldeh, Jahajwali.

Le point important n’est pas le chiffre, c’est sa date : ces cinq rivières sont attestées pérennes par un jury international en 2001, soit six ans après la bascule. Ce n’est pas l’enthousiasme d’une première saison. Le mécanisme est lisible : la rivière n’est plus alimentée par le ruissellement de la mousson, mais par le drainage lent d’une nappe rechargée.

Rivières du massif d’Alwar à écoulement permanent

1985

0

2001 — Arvari, Ruparel, Sarsa, Bhagani-Teldeh, Jahajwali

5

Fondation Ramon Magsaysay, citation 2001 ; Hussain, Husain & Arif, IAHS Publ. 364, 2014.

Source — Hussain, J., Husain, I. & Arif, M. (2014), Water resources management: traditional technology and communities as part of the solution, IAHS Publ. 364. PDF ↗

⑤ Un johad ne stocke pas l’eau : il la ralentit

C’est une levée de terre en demi-lune, en tête de bassin, faite avec la terre extraite de la cuvette qu’elle ferme. Elle retient la lame de ruissellement le temps qu’elle s’infiltre à travers un fond volontairement perméable. Un grand barrage fait l’inverse : il concentre l’eau en surface, derrière une structure étanche, exposée à l’évaporation. La différence n’est pas de volume, elle est de lieu de stockage — sous terre, et réparti sur tout un bassin.

⑥ Il n’existe que si le village le décide

Un johad n’a ni propriétaire ni exploitant. Il faut le décolmater chaque année avant la mousson, sinon il s’envase et sa capacité d’infiltration disparaît en quelques saisons. L’association en a fait une condition : elle n’apporte sa part de financement qu’à un village dont l’assemblée fonctionne, prend en charge le reste et fournit la totalité de la main-d’œuvre. La compétence mobilisée est autant topographique que sociale.

⑦ Pourquoi l’ingénierie l’avait écarté

Le johad n’entrait dans aucune case : il ne produit pas d’électricité, n’alimente pas de périmètre irrigué contractualisé, et sa performance est une infiltration diffuse, difficile à mesurer — les hydrologues qui l’ont étudié le reconnaissent eux-mêmes. Un ouvrage dont on ne sait pas chiffrer le rendement ne se finance pas et ne s’inscrit dans aucun plan. S’y ajoutait une incompatibilité juridique : personne n’était compétent pour en autoriser la construction.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Ce n’est pas de l’eau créée, c’est de l’eau déplacée. C’est la limite la plus sérieuse, et elle vient des hydrologues qui ont mesuré le bassin : au-delà d’un certain seuil, ajouter des ouvrages n’accroît plus la recharge souterraine mais réduit substantiellement l’écoulement de surface. Chaque johad supplémentaire finit par prendre de l’eau à l’aval. Un savoir qui fonctionne en tête de bassin ne se transpose pas à un bassin entier sans arbitrage amont/aval. Plusieurs chiffres emblématiques ne reposent sur aucune mesure indépendante. Le couvert forestier « passé de 7 % à 40 % » circule sans que la méthode de mesure soit jamais explicitée, et nous n’avons trouvé aucune étude de télédétection qui l’établisse. Le décompte des puits et les retours économiques viennent d’enquêtes internes. Une publication rapporte même une nappe passant de 100-120 m à 3-13 m de profondeur, ce qui est hydrogéologiquement invraisemblable : nous ne l’avons pas repris. Restaurer une rivière ne donne aucun droit sur elle. En 1996, l’État du Rajasthan a attribué des contrats de pêche sur l’Arvari sans consulter les villages qui l’avaient remise en eau, et la Haute Cour a jugé que l’État en restait propriétaire. Les conditions géologiques comptent aussi : pente régulière, mousson concentrée, aquifère capable d’absorber puis de restituer lentement.

Les huit références
  1. Glendenning, C. J. & Vervoort, R. W. (2011). Hydrological impacts of rainwater harvesting (RWH) in a case study catchment: The Arvari River, Rajasthan, India. Part 2: Catchment-scale impacts. Agricultural Water Management, 98(4), 715-730. Notice ↗
  2. Ramon Magsaysay Award Foundation (2001). Citation for Rajendra Singh. Manille. Citation ↗
  3. Stockholm Water Foundation (2015). The water man of India wins 2015 Stockholm Water Prize. Communiqué ↗
  4. Hussain, J., Husain, I. & Arif, M. (2014). Water resources management: traditional technology and communities as part of the solution. IAHS Publication 364, 236-242. PDF ↗
  5. Batchelor, C. H., Rama Mohan Rao, M. S. & Manohar Rao, S. (2003). Watershed development: A solution to water shortages in semi-arid India or part of the problem? Land Use and Water Resources Research, 3. Notice ↗
  6. Suutari, A. & Marten, G. Water Warriors: Rainwater Harvesting to Replenish Underground Water (Rajasthan, India). The EcoTipping Points Project. Étude de cas ↗
  7. Mahapatra, R. (2012). Waters of life. Down To Earth, Centre for Science and Environment. Article ↗
  8. Council on Energy, Environment and Water. Tarun Bharat Sangh — Johad: Water Conservation, Harvesting and Revitalisation. Étude de cas ↗
Fiche 07 · S’orienter ●●● démontré en mer, daté par la génétique

Savoir où l’on est sans instrument

Jusque dans les années 1960, une partie de l’érudition occidentale tenait le peuplement du Pacifique pour le fruit de dérives accidentelles : sans compas ni sextant, on ne vise pas une île à quatre mille kilomètres. La démonstration inverse a été faite en mer, avec témoins et dates.

① Chez euxʻŌiwi TV
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Papa Mau: The Wayfinder

Nāʻālehu Anthony, 2010, 56 min — Palikū Documentary Films / ʻŌiwi TV, production exécutive Merata Mita.

C’est le film que les Hawaïens ont fait sur celui qui leur a rendu leur navigation. Mau Piailug, né sur l’atoll de Satawal en Micronésie, accepta en 1976 de conduire à Tahiti une pirogue et un peuple qu’il ne connaissait pas.

Le film montre l’apprentissage tel qu’il se fait — sur le sable, avec des galets pour figurer les étoiles — et non comme un mystère. Il documente aussi la dette : Mau enseignait à des Hawaïens ce que les Hawaïens avaient cessé de transmettre. La production est entièrement autochtone, hawaïenne et maorie.

Peuples : Caroliniens de Satawal, Hawaïens · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Fiche du film ↗

Repères : 5:00 1975 : la pirogue double mise à l’eau ↗ · 17:50 tahiti 1976 : l’accueil triomphal ↗ · 22:40 le compas d’étoiles tracé sur le sable ↗ · 47:40 la cérémonie Pwo : la transmission rendue ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Une démonstration, puis une confirmation

34 joursde Maui à Tahiti, en 1976, sans compas, sans sextant, sans carte
42 000milles nautiques : le tour du monde de la même pirogue, entre 2013 et 2017
830 → 1210les dates du peuplement, lues dans les génomes — quatre siècles avant tout instrument occidental

Les deux premiers chiffres prouvent que c’est possible. Le troisième, obtenu par une méthode sans rapport avec la voile, prouve que ça a eu lieu.

Le savoir enseignéPasifika Renaissance
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Cours de navigation traditionnelle carolinienne, par Ali Haleyalur

Deux heures de cours, filmées sans montage : le maître navigateur de l’atoll de Lamotrek enseigne l’étoile-compas telle qu’elle s’apprend, maison d’étoile après maison d’étoile, sans carte ni instrument. C’est ce corpus-là que Mau Piailug a porté jusqu’à Hawaï en 1976. Nous le publions entier, parce qu’un résumé de trois minutes n’est pas la même chose qu’un enseignement.

Peuple : Caroliniens de Lamotrek · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 2 h 04 · Repères : 3:53 l’étoile-compas, les étoiles de la navigation ↗ · 10:00 le lever et le coucher de chaque étoile ↗ · 14:42 les étoiles que visent les quatre parties de la pirogue ↗ · 21:37 lire la houle et les courants ↗ · 45:29 etag : mesurer sa route sur une île de référence ↗ · 1:02:34 le nom des routes maritimes du Pacifique ↗ · 1:11:06 prévoir le temps ↗ · 1:50:01 pwo, la cérémonie d’initiation du navigateur ↗ · sommaire horodaté publié par Pasifika Renaissance, vérifié au visionnage · une introduction de trois minutes à l’étoile-compas, PBS Hawaiʻi ↗

La démonstrationPolynesian Voyaging Society

Hōkūleʻa à Tahiti, 1976 et aujourd’hui

La chaîne de la Polynesian Voyaging Society met en regard la traversée fondatrice de 1976 et les retours récents de la pirogue. La preuve n’a pas été faite en laboratoire ni sur le papier : elle a été faite en mer, sans instrument, devant témoins.

Peuples : Hawaïens, Tahitiens · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 2 min 39 · la confirmation par la génétique, Nature 2021 ↗

Chez nousCBS News

L’US Naval Academy remet les étoiles au programme

Annapolis avait supprimé son cours de navigation astronomique en 1998 : le GPS avait tout réglé. L’école l’a réintroduit en 2015 — quelques heures de théorie d’abord, la promotion 2017 étant la première concernée — parce qu’un signal satellitaire se brouille et se pirate, et qu’il n’existait plus aucun repli. On ne pirate pas un sextant.

Pays : États-Unis · Langue : anglais · Durée : 1 min 38 · Military Times ↗

Chez nousFlightradar24

Ce contre quoi la méthode ancienne protège

Le brouillage et le leurrage du signal satellitaire ne sont plus une hypothèse d’école : cartes de trafic à l’appui, l’explication de ce qui arrive à un avion ou à un navire quand le GPS ment au lieu de se taire. C’est la raison, en creux, du retour du sextant à Annapolis — et ce que savaient faire les navigateurs caroliniens sans aucun instrument.

Sujet : navigation satellitaire · Langue : anglais · Durée : 7 min 17 · Flightradar24 ↗

Repères : 0:00 la menace grandit ↗ · 0:20 suivre le brouillage sur la carte ↗ · 0:33 comprendre les mécanismes ↗ · 0:53 conséquences en vol ↗ · 1:46 réagir au leurrage du GPS ↗ · 2:48 gérer les pannes de système ↗ · 3:52 limiter les fausses alertes ↗ · 4:31 l’impact sur le temps de navigation ↗ · 5:59 des menaces qui évoluent ↗

② La traversée de 1976

Trente-quatre jours, et rien à bord pour tricher

La pirogue double Hōkūleʻa quitte Honolua Bay, à Maui, le 1er mai 1976. Aucun instrument de navigation à bord pour l’aller. Le navigateur Mau Piailug tient le cap aux points de lever des étoiles, complétés par le soleil, la lune et la houle. L’équipage aperçoit l’atoll de Mataiva le 1er juin et atteint Papeete le 4 juin — trente-quatre jours après le départ. Plus de dix-sept mille personnes les attendent sur le quai, soit plus de la moitié de la population de l’île.

Il faut dire tout de suite ce que la Polynesian Voyaging Society dit elle-même : seul l’aller fut sans instrument. Mau a quitté le bord à Tahiti et le retour, en vingt-deux jours, s’est fait par des moyens modernes.

34 j

Maui → Papeete, à la seule lecture du ciel, de la houle et des oiseaux

22 j

le retour, Mau débarqué, effectué par des moyens modernes

15

équipiers nommés à l’aller — une autre source en compte seize

17 000

personnes à l’arrivée sur le quai de Papeete

Source — Finney, B., pour la Polynesian Voyaging Society, 1976: Hawaiʻi to Tahiti and Back. Récit ↗ · Bishop Museum, Hōkūleʻa. Notice ↗

La conference qui l’expliqueRadcliffe Institute, université Harvard
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Un navigateur de la Hōkūleʻa refait le voyage, devant Harvard

Kaleomanuiwa Wong navigue sur la Hōkūleʻa. Devant le Radcliffe Institute de l’université Harvard, il reprend l’histoire depuis le lancement de la pirogue, en mars 1975, jusqu’au tour du monde entrepris quarante ans plus tard. Le passage qui porte cette carte est au milieu de la conférence : le portrait de Mau Piailug, le navigateur de Satawal qui tint le cap sans instrument, puis la photographie aérienne du quai de Papeete, noir de monde, à l’arrivée de juin 1976. Conférence universitaire, en anglais, sans chapitrage d’auteur.

Repères : 11:30 le lancement de la pirogue, 1975 ↗ · 12:00 le portrait de Mau Piailug ↗ · 15:30 la foule de Papeete, vue d’avion ↗ · 24:00 le plan de route du tour du monde ↗ · Durée : 1 h 13 min · Langue : anglais · Repères relevés à la planche d’aperçus, approximatifs à dix secondes près

③ La cible

On ne vise pas l’île : on vise une boîte de quatre cents milles

Un atoll ne se voit qu’à sept ou dix milles. Viser une cible de dix milles à deux mille quatre cents milles de distance est hors de portée de tout système, avec ou sans instrument. La méthode consiste donc à ne pas viser l’île : on vise un écran d’îles large de quatre cents milles, entre Manihi dans les Tuamotu et Maupiti dans les îles Sous-le-Vent.

À l’intérieur de cette boîte, les indices s’additionnent : le noddi brun, qui ne s’éloigne guère au-delà de quarante milles de son nid et rentre chaque soir ; la gygis blanche, jusqu’à cent vingt milles ; le nuage arrêté au-dessus d’un relief ; la teinte verte à la base d’un cumulus au-dessus d’un lagon. La cible passe de dix milles à quatre cents.

À quelle distance chaque indice signale la terre — en milles

Écran d’îles visé (Manihi → Maupiti)

400

Gygis blanche (manu-o-Kū)

120

Île haute visible à l’œil

100

Noddi brun (noio)

40

Atoll bas visible à l’œil

8,5

Fourchette de 7 à 10 milles pour l’atoll, ramenée à 8,5 pour l’affichage. Polynesian Voyaging Society, Locating Land.

Sources — Polynesian Voyaging Society, Locating Land. Page ↗ · Thompson, N., On Wayfinding. Texte ↗

La conference qui l’expliqueObservatoire W. M. Keck, Hawaï
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Le compas d’étoiles : l’outil dont sort la cible élargie

Chad Kālepa Baybayan est capitaine et navigateur des pirogues hawaïennes Hōkūleʻa, Hawaiʻiloa et Hōkūalakaʻi ; il a été initié en 2007 dans l’ordre pwo par Mau Piailug. Devant l’observatoire W. M. Keck, il expose la méthode dans l’ordre : le compas sidéral micronésien, celui qu’enseignait Mau, puis le compas d’étoiles hawaïen — ce cercle de maisons d’étoiles qui donne une direction, et rien d’autre. La conférence ne reprend pas les chiffres de cette carte, ni les quatre cents milles ni les cent vingt milles de la gygis ; elle montre l’outil dont ils découlent. Quand on ne tient qu’un cap, on ne peut pas viser une île : il faut viser large. Conférence publique d’un observatoire, en anglais, sans chapitrage d’auteur.

Repères : 8:00 le titre de la conférence ↗ · 14:00 la carte des îles du Pacifique ↗ · 38:00 le compas sidéral micronésien ↗ · 41:00 le compas d’étoiles hawaïen ↗ · 52:00 le plan du tour du monde ↗ · Durée : 54 min 50 · Langue : anglais · Repères relevés à la planche d’aperçus, approximatifs à dix secondes près

④ La preuve indépendante

Les génomes datent les traversées

Une équipe internationale a reconstruit l’expansion polynésienne à partir des génomes de 430 individus vivants issus de 21 populations insulaires. Le modèle en fondateurs successifs date chaque étape : Rarotonga vers 830, les îles de la Société vers 1050, les Tuamotu vers 1110, les Marquises vers 1140, Rapa Nui vers 1210. Environ trois cent quatre-vingts ans pour relier des archipels séparés par des milliers de kilomètres d’océan vide.

Une méta-analyse indépendante de 1 434 datations radiocarbone donne un cadre compatible, quoique légèrement plus tardif pour la première phase. Les deux méthodes ne coïncident pas exactement — il faut le dire — mais elles concordent sur l’essentiel : ces traversées ont eu lieu entre le IXe et le XIIIe siècle, et les populations sont revenues assez souvent pour que le flux génétique reste traçable.

830

Rarotonga, îles Cook

1050

îles de la Société

1110

archipel des Tuamotu

1140

Fatu Hiva, Marquises

1210

Rapa Nui, île de Pâques

L’échelle de ce qui a été refait, en milles nautiques

Cumul de tous les voyages de Hōkūleʻa depuis 1976

150 000

Tour du monde Mālama Honua, 2013-2017 — 150 ports, 18 nations

42 000

Tour de la Terre par un méridien — repère

21 600

Les 21 600 milles nautiques ne sont pas une estimation : c’est la définition du mille nautique, 360° × 60 minutes d’arc. Polynesian Voyaging Society.

Sources — Ioannidis, A. G. et coll. (2021), Paths and timings of the peopling of Polynesia inferred from genomic networks, Nature 597. Texte intégral ↗ · Wilmshurst, J. M. et coll. (2011), High-precision radiocarbon dating shows recent and rapid initial human colonization of East Polynesia, PNAS 108(5). Notice ↗

La généticienne qui date le PacifiqueLisa Matisoo-Smith · anthropologue biologiste, université d’Otago · séminaire Genomics Aotearoa
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Ce que les archéologues savaient déjà, et ce que les génomes ajoutent

La carte confronte deux méthodes, les génomes et le radiocarbone, et constate qu’elles concordent. Cette conférence le montre de l’intérieur. À 27:07, Lisa Matisoo-Smith décrit le rythme du peuplement : deux mille ans d’arrêt à Tonga et Samoa, puis une dernière poussée qui atteint la Polynésie orientale centrale et Hawaï il y a 1 000 à 1 200 ans, Rapa Nui vers 750-800 ans avant le présent, Aotearoa à la fin du XIIIe siècle. À 37:01, elle présente l’étude que cite la carte : 430 individus de 21 populations (37:54), une expansion en fondateurs successifs (38:14). À 40:20, elle relève que ces dates génétiques s’accordent assez bien avec le radiocarbone. À 41:02 vient la réserve, qui rejoint celle de la carte : une part de l’appauvrissement génétique mesuré pourrait tenir aux épidémies européennes du XIXe siècle plutôt qu’aux traversées elles-mêmes. Et à 34:44 puis 35:09, le point qui intéresse EWA : le foyer Hawaiki que désignent les traditions orales est celui que retrouvent l’archéologie et la génétique — les peuples du Pacifique, dit-elle, le savaient depuis des siècles.

Séminaire en anglais de la série Genomics Aotearoa (juillet 2022), avec diapositives. Les repères ont été relevés sur la transcription et sont exacts à la seconde. Les dates données de vive voix sont arrondies ; la carte garde celles d’Ioannidis et coll. et de Wilmshurst et coll. Avertissement de l’éditeur : des images d’ossements humains apparaissent entre 48:03 et 48:39. Pour aller plus loin : Matisoo-Smith, E. (2015), « Ancient DNA and the human settlement of the Pacific: A review », Journal of Human Evolution 79. Notice ↗

Repères : 27:07 la dernière poussée ↗ · 35:09 ce que le Pacifique savait ↗ · 37:01 l’étude des génomes ↗ · 38:14 fondateurs successifs ↗ · 40:20 accord avec le radiocarbone ↗ · 41:02 la réserve ↗ · Durée : 51 min 34 · Langue : anglais (sous-titres automatiques)

⑤ Un compas, mais dans la tête

L’horizon est divisé en trente-deux maisons de 11,25° chacune, groupées en quatre quadrants nommés. Une étoile donnée se lève toujours dans la même maison et se couche dans la maison symétrique : c’est un relèvement fixe. Comme chaque étoile n’est utilisable que quelques heures près de l’horizon, le navigateur en enchaîne une succession — Nainoa Thompson parle de deux cent vingt astres mémorisés. Ce n’est pas un objet, c’est une grille appliquée mentalement à l’horizon — et c’est précisément ce qui la rend enseignable.

⑥ Quand le ciel se ferme, la houle prend le relais

Une houle de fond garde sa direction pendant des jours et traverse le compas en diagonale. Le navigateur mémorise l’angle sous lequel chaque train de houle attaque la coque, et, couché dans la pirogue, il le sent dans son corps. Aux îles Marshall, ce savoir a été poussé plus loin : les houles réfractées et réfléchies par une île composent des figures d’interférence qui signalent la terre avant qu’on la voie. Les cartes en bâtonnets en sont le support d’enseignement — elles ne s’emportent pas en mer, elles se mémorisent à terre.

⑦ Savoir où l’on est dans la boîte

Reste l’estime. Le système carolinien de l’etak suit non pas sa propre progression, mais celle d’une île de référence latérale que l’on fait glisser d’une maison d’étoile à la suivante : chaque nouveau relèvement ouvre une étape, et le voyage se décompose en segments comptables. « Il faut se souvenir en permanence de sa vitesse, de sa direction et du temps écoulé. Tout doit se faire dans la tête. Et il faut s’en souvenir pendant un mois. »

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Le navigateur de 1976 n’était pas polynésien, et c’est le fait central. Mau Piailug venait de Satawal, en Micronésie, à plus de cinq mille kilomètres de Hawaï, et pratiquait une tradition carolinienne apparentée mais distincte. S’il a fallu aller le chercher, c’est qu’il n’y avait plus, en 1976, un seul navigateur hauturier vivant à Hawaï : la chaîne de transmission hawaïenne était rompue. Le voyage ne démontre donc pas la survie d’un savoir hawaïen, mais la robustesse d’un savoir océanien conservé ailleurs — assez robuste pour être ré-enseigné à un autre peuple en quelques années. La restitution formelle a eu lieu en mars 2007, à Satawal : Mau y a initié au rang de maître-navigateur cinq Hawaïens et onze Micronésiens. Réussir une traversée ne dit pas comment les anciens faisaient. Hōkūleʻa est une reconstitution informée, non une pirogue archéologique : coques en contreplaqué et fibre de verre, méthode carolinienne du XXe siècle appliquée à une route polynésienne. Le voyage prouve la possibilité, pas l’identité des techniques employées vers l’an mille — ce point-là, la génétique et le radiocarbone le règlent de leur côté. On ne compte pas les pirogues qui ne sont pas arrivées. Un peuplement par vagues successives sur quatre siècles suppose des tentatives sans retour dont il ne reste aucune trace ; le taux de réussite réel est inconnu et probablement inconnaissable. Le renouveau contemporain a lui aussi payé : en 1978, lors du chavirage de la pirogue, l’équipier Eddie Aikau est parti chercher du secours en planche de surf et a disparu en mer. Enfin, ce renouveau est aussi un projet culturel et politique, indissociable de la renaissance hawaïenne des années 1970. Cela n’invalide rien — un fait établi ne cesse pas d’être un fait parce qu’il arrange quelqu’un — mais un dossier honnête ne le présente pas comme une pure entreprise de vérification.

Les neuf références
  1. Finney, B., pour la Polynesian Voyaging Society. 1976: Hawaiʻi to Tahiti and Back. Hawaiian Voyaging Traditions. Récit ↗
  2. Thompson, N. On Wayfinding. Polynesian Voyaging Society. Texte ↗
  3. Polynesian Voyaging Society. The Star Compass. Page ↗
  4. Polynesian Voyaging Society. The Mālama Honua Worldwide Voyage. Page ↗
  5. Polynesian Voyaging Society. Kū Holo Mau: 2007 Voyage for Mau — initiation au pwo, mars 2007. Page ↗
  6. Ioannidis, A. G., Blanco-Portillo, J., Sandoval, K. et coll. (2021). Paths and timings of the peopling of Polynesia inferred from genomic networks. Nature, 597(7877), 522-526. Texte intégral ↗
  7. Wilmshurst, J. M., Hunt, T. L., Lipo, C. P. & Anderson, A. J. (2011). High-precision radiocarbon dating shows recent and rapid initial human colonization of East Polynesia. PNAS, 108(5), 1815-1820. Notice ↗
  8. Genz, J., Aucan, J., Merrifield, M., Finney, B., Joel, K. & Kelen, A. (2009). Wave Navigation in the Marshall Islands. Oceanography, 22(2), 234-245. PDF ↗
  9. Goodenough, W. & Thomas, S. D. (1987). Traditional Navigation in the Western Pacific. Expedition Magazine, 29(3), Penn Museum. Article ↗
Fiche 08 · Mémoire longue ●●○ daté, méthode indirecte et discutée

Des côtes racontées depuis sept mille ans

Une société sans écriture peut-elle archiver ? La question paraît rhétorique jusqu’au moment où l’on va sonder le fond de la mer à l’endroit exact que le récit décrit — et où l’on trouve la colline dont il parle.

① Chez euxGunditj Mirring
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World Heritage Nomination — Budj Bim Cultural Landscape

5 min 55 — Gunditj Mirring Traditional Owners Aboriginal Corporation.

La vidéo accompagne la candidature du paysage culturel de Budj Bim au patrimoine mondial, obtenue en 2019. Elle est portée par les Gunditjmara eux-mêmes : ce sont eux qui filment, commentent et présentent leur territoire — les canaux, barrages et pièges à anguilles taillés dans une coulée de lave, exploités depuis au moins six millénaires.

C’est l’illustration directe du propos de cette fiche : le paysage sert de support à la mémoire, et la mémoire de mode d’emploi au paysage.

Peuple : Gunditjmara · Territoire : Victoria, Australie · Langue : anglais · Notice UNESCO ↗

Repères : 0:30 canaux et pièges à anguilles vus du ciel ↗ · 1:10 l’anguille kooyang ↗ · 3:15 critère 3 : intégrité et authenticité ↗ · 4:15 les huttes de pierre de Kurtonitj ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Trois vérifications, par trois méthodes différentes

21 lieuxdécrits par des récits aborigènes, datables de 7 250 à 13 070 ans par la profondeur d’eau actuelle
7 mortssur une île de 70 000 habitants, le 26 décembre 2004, là où le récit d’un tsunami de 1907 circulait encore
1701la date moyenne donnée par neuf récits amérindiens, pour un séisme daté du 26 janvier 1700

Aucune de ces trois vérifications ne repose sur les deux autres. C’est leur convergence, pas leur addition, qui fait la démonstration.

La datationABC News (Australie)

Budj Bim : piéger l’anguille dans la roche volcanique depuis six mille cinq cents ans

La télévision publique australienne filme les canaux, les barrages et les maisons de pierre des Gunditjmara. Le système aquacole est antérieur aux pyramides — et il a fallu la datation pour que l’on cesse de le prendre pour un accident du terrain.

Peuple : Gunditjmara · Territoire : Océanie · Langue : anglais · Durée : 2 min 10 · le dossier UNESCO ↗

Quand la mémoire sauveNations unies — UNDRR

Simeulue, 2004 : le chant du smong a vidé l’île avant la vague

Un récit chanté, transmis depuis le tsunami de 1907, dit quoi faire quand la mer se retire : monter, tout de suite. En décembre 2004, les habitants de Simeulue sont montés. Sept mille ans de mémoire australienne se vérifient par la bathymétrie ; ici, cent ans de mémoire se vérifient en vies humaines.

Peuple : habitants de Simeulue · Territoire : Asie · Langue : indonésien sous-titré · Durée : 1 min 35 · l’étude publiée ↗

Chez nousPBS Terra

Le séisme de 1700 daté par les archives japonaises

Un tsunami sans séisme ressenti, consigné par des scribes japonais en janvier 1700 ; trois siècles plus tard, les cernes des cèdres morts de la côte de Cascadia donnent la même date. La démonstration complète, en treize minutes : les récits, les sédiments, les arbres, puis la datation. C’est le raisonnement du point ④ de cette fiche, déroulé pas à pas.

Sujet : Cascadia, 26 janvier 1700 · Langue : anglais · Durée : 13 min 31 · USGS — The Orphan Tsunami of 1700 ↗

Chez nousHistory Council of New South Wales
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Patrick Nunn : comment on teste un récit vieux de sept mille ans

L’auteur de la référence 1 de cette fiche expose lui-même sa méthode : recueillir les récits aborigènes de submersion, les rattacher à un lieu précis, puis comparer la côte qu’ils décrivent aux profondeurs mesurées et aux courbes du niveau marin. Conférence longue, devant le History Council de Nouvelle-Galles du Sud — on y voit le travail, pas seulement le résultat.

Pays : Australie · Langue : anglais · Durée : 48 min 34 · Repères : 10:50 la courbe du niveau marin sur cent cinquante mille ans ↗ · 13:30 l’Australie a perdu 23 % de sa surface en vingt mille ans ↗ · 14:00 la carte des lieux, avec le trait de côte glaciaire ↗ · 20:20 l’âge de chaque souvenir de submersion ↗ · 22:30 la vérification par l’astronomie ↗ · 33:00 trente-quatre lieux, sept mille ans, trois cents générations ↗ · 34:00 ce qu’une culture orale conserve ↗ · Repères relevés à la planche d’aperçus, approximatifs à dix secondes près · Nunn & Reid (2016) ↗

② Les côtes englouties

Le récit décrit une colline. La sonde trouve une colline

Un géographe et un linguiste ont réuni des traditions orales aborigènes décrivant, sur 21 sites répartis sur tout le pourtour du continent australien, une mer qui recouvre des terres autrefois sèches. Pour chaque récit, ils comparent le détail géographique donné — une île qui était une colline, un golfe qui était une plaine à lagunes — à la bathymétrie actuelle, puis lisent sur la courbe de remontée post-glaciaire du niveau marin la date à laquelle la mer se trouvait à cette profondeur.

Le corpus se répartit entre 7 250 et 13 070 ans. À vingt-cinq ans par génération, sept mille cinq cents ans font près de trois cents transmissions successives. Le téléphone arabe échouerait au bout de trois.

Profondeur d’eau actuelle au point que le récit décrit comme une terre sèche

Région de Cairns, Yidindji — 13 400 à 12 600 ans

65 m

Golfe de Spencer, Narrangga — 12 450 à 11 150 ans

50 m

Kangaroo Island, Ngarrindjeri — 10 650 à 9 800 ans

30 m

Rottnest, Carnac et Garden Islands — 8 900 à 7 500 ans

6,5 m

Ce graphique date l’événement décrit, non le récit lui-même. Valeurs médianes des fourchettes publiées. Nunn & Reid, 2016.

Source — Nunn, P. D. & Reid, N. J. (2016), Aboriginal Memories of Inundation of the Australian Coast Dating from More than 7000 Years Ago, Australian Geographer 47(1). Notice ↗

③ Le 26 décembre 2004

Une île où le récit avait survécu

L’île de Simeulue se trouve à quarante ou cinquante kilomètres de l’épicentre. Des vagues de plus de dix mètres atteignent le nord de l’île moins de dix minutes après la fin de la secousse. Le relevé de terrain publié dans Earthquake Spectra établit que sept personnes seulement sont mortes sur l’île pour les tsunamis de décembre 2004 et de mars 2005 réunis, sur environ soixante-dix mille habitants.

Tous les survivants interrogés connaissaient le smong : le récit du tsunami du 4 janvier 1907, transmis en comptines, berceuses et récits de veillée, qui prescrit de courir vers les hauteurs après une secousse longue. À la même date, l’enquête ménages menée sur neuf districts sinistrés d’Aceh — 1 653 ménages, 10 063 personnes recensées avant le tsunami — trouve 17 % de morts ou disparus.

Mortalité du tsunami du 26 décembre 2004, par territoire

Aceh Jaya, côte ouest de Sumatra

23,6 %

Banda Aceh et Aceh Besar

22,9 %

Meulaboh (Aceh Barat et Nagan Raya)

13,9 %

Île de Simeulue — où le smong circulait encore

0,01 %

Les deux mesures ne sont pas strictement homogènes : l’enquête d’Aceh porte sur les seules zones inondées, le chiffre de Simeulue sur l’île entière. Même avec le bilan haut de 44 morts retenu par une autre étude, Simeulue plafonne à 0,06 %. Doocy et coll., 2007 ; McAdoo et coll., 2006.

Sources — McAdoo, B. G., Dengler, L., Prasetya, G. & Titov, V. (2006), Smong: How an Oral History Saved Thousands on Indonesia’s Simeulue Island, Earthquake Spectra 22(S3). Article ↗ · Doocy, S. et coll. (2007), Tsunami mortality in Aceh Province, Indonesia, Bulletin of the World Health Organization 85(4). PDF ↗

Le chercheur qui a enquêté sur l’îleAlfi Rahman · Centre de recherche sur les tsunamis et les catastrophes (TDMRC), université Syiah Kuala, Banda Aceh
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Ce que le smong prescrit, et comment il a traversé un siècle

La carte établit un écart : sept morts sur l’île, 17 % de morts ou disparus dans les districts sinistrés d’Aceh. Cet entretien dit d’où vient cet écart. Alfi Rahman a enquêté sur l’île et publié une étude sur la transmission du smong. À 9:13, il rappelle le point de départ : le tsunami de 1907, qui emporta près de la moitié des habitants. À 10:04, le canal : le nafi-nafi, le récit raconté lors des veillées et des rassemblements. À 10:46, l’effet en 2004 : la secousse, la mer qui se retire, et les habitants qui courent vers les hauteurs sans attendre. À 18:09, il restitue un récit recueilli sur le terrain, et à 21:42 les consignes qu’il contient — observer l’eau après une forte secousse, monter aussitôt, emporter du riz, du sucre, un couteau, des allumettes. À 25:15, le contrepoint qui donne sa force à la démonstration : des tsunamis avaient frappé l’île avant 1907, mais leur leçon ne s’était pas transmise.

Entretien en anglais de la série de podcasts « Resilient Voices » (juillet 2023), filmé à la webcam et sans diapositives : c’est la parole d’un chercheur, non un cours illustré. Les chiffres donnés de mémoire varient d’un passage à l’autre (78 000 habitants dans la présentation écrite de la vidéo, 88 000 à l’oral, « 2014 » dit par lapsus pour 2004) ; ceux de la carte viennent du relevé publié de McAdoo et coll. L’étude du chercheur : Rahman, A., Sakurai, A. & Munadi, K. (2017), « Indigenous knowledge management to enhance community resilience to tsunami risk: lessons learned from Smong traditions in Simeulue island, Indonesia », IOP Conference Series : Earth and Environmental Science 56. Article ↗

Repères : 9:13 le tsunami de 1907 ↗ · 10:46 2004, les signes reconnus ↗ · 18:09 un récit recueilli sur l’île ↗ · 21:42 les consignes du récit ↗ · 25:15 avant 1907, la leçon perdue ↗ · Durée : 37 min 49 · Langue : anglais (sous-titres automatiques)

④ Deux archives, deux continents

Les récits disent 1701. Le Japon dit le 26 janvier 1700

Sur la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord, une équipe conduite par la sismologue Ruth Ludwin a rassemblé 40 récits autochtones issus de 32 sources indépendantes évoquant des secousses et des inondations marines. Neuf contiennent assez d’information généalogique pour être datés : toutes les estimations couvrent l’intervalle 1690-1715, et la moyenne des médianes donne 1701.

Or la date exacte du dernier grand séisme de la zone de subduction de Cascadia — 21 heures, le 26 janvier 1700 — a été établie indépendamment par les archives japonaises d’un tsunami « orphelin », puis confirmée à l’année près par la dendrochronologie des cèdres tués par l’affaissement du sol. Deux systèmes d’archivage sans aucun contact ont produit la même date.

40

récits autochtones rassemblés sur la côte de Cascadia

32

sources indépendantes les uns des autres

9

assez précis généalogiquement pour être datés

1690-1715

l’intervalle que couvrent toutes les estimations

Source — Ludwin, R. S. et coll. (2005), Dating the 1700 Cascadia Earthquake: Great Coastal Earthquakes in Native Stories, Seismological Research Letters 76(2). PDF ↗

La conférence qui l’expliqueU.S. Geological Survey · conférence publique de Menlo Park
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L’archive japonaise, document par document

Brian Atwater est le co-auteur de The Orphan Tsunami of 1700, l’ouvrage d’où vient toute la démonstration japonaise. Il la refait ici en public. À 46:00, les collections de Musha Kinkichi, le recueil de sources sismologiques japonaises publié à partir de 1942. À 49:00, la diapositive « Foreign waves » : la liste des vagues venues d’ailleurs relevées au Japon — 1960 Chili, 1837 Chili, 1751 Chili, 1730 Chili, puis 1700, suivi d’un point d’interrogation. Le tsunami orphelin est là, à l’écran, comme une ligne sans source connue. À 52:00, les documents eux-mêmes. Et à 1:04:30, la diapositive qui porte le titre de cette carte : une carte des temps de propagation à travers le Pacifique, une dizaine d’heures, et le tableau de conversion — an 12 de l’ère Genroku, douzième mois, huitième jour, « heure de neuf » ; soit, en calendrier grégorien, le soir du 26 janvier 1700. À 1:06:30, les cernes des cèdres tués viennent confirmer la date à l’année près.

Conférence en anglais, sur la chaîne officielle de l’U.S. Geological Survey. Elle établit la moitié géologique et japonaise de la démonstration ; elle ne traite pas des quarante récits autochtones rassemblés par Ruth Ludwin, dont l’article cité ci-dessus rend compte.

Repères : 46:00 les collections sismologiques japonaises ↗ · 49:00 « 1700, sans source connue » ↗ · 52:00 les documents japonais ↗ · 1:04:30 la conversion de la date ↗ · 1:06:30 les cernes d’arbres ↗ · Durée : 1 h 44 min 55 · Langue : anglais

⑤ Une architecture de vérification, pas une chaîne de mémorisation

Une histoire n’appartient pas à celui qui la raconte : sa transmission est un devoir attaché à une position de parenté, et d’autres positions ont le droit et l’obligation de la contrôler. Le récit n’est pas transmis en ligne droite d’un père à un fils, mais devant des témoins qui ont reçu la version antérieure et sont fondés à corriger. C’est une redondance structurelle — l’équivalent social d’un code correcteur d’erreurs.

⑥ Le paysage sert de support d’écriture

Aucun de ces récits n’est abstrait. Ils disent : cette île était une colline, ce golfe était une plaine à lagunes. L’objet géographique est présent, visible, nommé : il rappelle en permanence le récit qui lui est attaché et rend une dérive silencieuse coûteuse — altérer l’histoire, c’est se contredire devant le terrain. C’est cette propriété qui rend la datation possible : la description est assez précise pour qu’on aille sonder le point décrit.

⑦ L’écrit n’est pas la seule archive fiable

Un manuscrit non recopié se perd aussi sûrement qu’une histoire non racontée. Ce qui préserve l’information, dans les deux cas, c’est une institution qui organise sa réplication et sanctionne les écarts. Les sociétés dont il est question ici ont bâti cette institution sur la parenté et le territoire plutôt que sur le parchemin. À Simeulue, la forme est plus légère mais de même nature : comptines et refrains, formes brèves et rythmées, apprises avant d’être comprises — donc résistantes à la paraphrase.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

On ne date pas le récit, on date l’événement qu’il décrit. Rien, dans les méthodes employées, ne date la narration elle-même. On date la configuration géographique décrite, en supposant que le récit s’est formé au moment où cette configuration a disparu. C’est une inférence, et elle comporte un risque de circularité : on choisit sur la courbe des niveaux marins le moment qui correspond au récit, puis on présente la correspondance comme une confirmation. Les fourchettes publiées sont larges — souvent mille à mille cinq cents ans — précisément pour cette raison. La communauté scientifique est divisée, et le dire fait partie du dossier. L’historien David Henige soutient que les traditions orales ne survivent guère intactes au-delà de huit cents ans. L’archéologue Peter Hiscock juge le travail « fantasque et non crédible » et lui reproche de présupposer des sociétés aborigènes isolées et inchangées pendant cinquante mille ans. À l’inverse, Elizabeth Barber rappelle que des traditions attestées ailleurs renvoient à des événements vérifiés vieux de trois à cinq mille ans. Toutes les traditions orales ne sont pas des archives, et on ne compte que les succès. Simeulue est célèbre parce que l’île a eu raison ; on ne dénombre pas les traditions qui se sont tues ou trompées. Et même à Simeulue, le récit n’explique pas tout : d’autres chercheurs invoquent une « sous-culture du désastre » plus large — implantation des villages, relief abrupt offrant des hauteurs immédiatement accessibles, brièveté du délai entre la secousse et la vague. Le récit est une condition nécessaire, pas suffisante. Enfin, les chiffres qui circulent sur les Moken des îles Surin ne sont adossés à aucune source primaire vérifiable : nous ne les avons pas repris.

Les neuf références
  1. Nunn, P. D. & Reid, N. J. (2016). Aboriginal Memories of Inundation of the Australian Coast Dating from More than 7000 Years Ago. Australian Geographer, 47(1), 11-47. Notice ↗
  2. Reid, N. J., Nunn, P. D. & Sharpe, M. (2014). Indigenous Australian Stories and Sea-Level Change. Proceedings of the 18th FEL Conference, 82-87. Notice ↗
  3. McAdoo, B. G., Dengler, L., Prasetya, G. & Titov, V. (2006). Smong: How an Oral History Saved Thousands on Indonesia’s Simeulue Island during the December 2004 and March 2005 Tsunamis. Earthquake Spectra, 22(S3), 661-669. Article ↗
  4. Doocy, S., Rofi, A., Moodie, C. et coll. (2007). Tsunami mortality in Aceh Province, Indonesia. Bulletin of the World Health Organization, 85(4), 273-278. PDF ↗
  5. Rahman, A., Sakurai, A., Sutton, S. et coll. (2022). Smong means more than tsunami: The understanding of tsunami in the Indonesian context. E3S Web of Conferences, 340, 03010. PDF ↗
  6. Gaillard, J.-C., Clavé, E., Vibert, O. et coll. (2008). Ethnic groups’ response to the 26 December 2004 earthquake and tsunami in Aceh, Indonesia. Natural Hazards, 47(1), 17-38. Article ↗
  7. Ludwin, R. S., Dennis, R., Carver, D. et coll. (2005). Dating the 1700 Cascadia Earthquake: Great Coastal Earthquakes in Native Stories. Seismological Research Letters, 76(2), 140-148. PDF ↗
  8. Matchan, E. L., Phillips, D., Jourdan, F. & Oostingh, K. (2020). Early human occupation of southeastern Australia: New insights from ⁴⁰Ar/³⁹Ar dating of young volcanoes. Geology, 48(4), 390-394. Notice ↗
  9. Bower, B. (2015). Handed-down tales tell of ancient sea level rise — les objections de Henige, Hiscock et Barber. Science News. Article ↗
Fiche 09 · Décider ●●○ mesuré, avec groupe témoin

Le dernier mot n’appartient pas à l’expert

Dans beaucoup de sociétés à délibération longue, le spécialiste expose mais ne tranche pas : l’assemblée décide, et elle y met le temps qu’il faut. Chez nous, on a recommencé à tirer des citoyens au sort pour arbitrer des questions difficiles. Ce que ça produit a été mesuré, groupe témoin à l’appui.

① Chez euxChaîne officielle du film
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Aluna : la mise en garde écologique des Kogis

Alan Ereira, 2012, 1 h 29 — Aluna The Movie / Sunstone Films, version française intégrale.

Vingt-deux ans après un premier film tourné pour la BBC, les Kogis de la Sierra Nevada de Santa Marta reprennent l’initiative : ils forment leur propre équipe de tournage et décident du dispositif du film.

Ce qui nous intéresse ici n’est pas le message écologique mais la forme de la décision : des mámas qui ne tranchent pas seuls, qui consultent, qui reviennent, et une parole collective qui prend son temps avant de se fixer. C’est un document réalisé avec les intéressés, non sur eux.

Peuple : Kogis · Territoire : Sierra Nevada de Santa Marta, Colombie · Langue : français · Site du film ↗

Repères : 23:20 consulter avant de trancher ↗ · 36:10 la parole collective se fixe ↗ · 50:00 dix-huit ans dans l’obscurité : former un Máma ↗ · 1:09:20 semer pour réparer : le pagamento ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Ce que la délibération déplace — et ce qu’elle ne déplace pas

66,4 %de oui au référendum irlandais de 2018, au bout d’une chaîne qui commence par une assemblée tirée au sort
+ 14,5points de sympathie envers le camp adverse, après quatre jours de délibération — sans effet dans le groupe témoin
3,3 / 10la note que les 150 citoyens français ont donnée à la reprise de leurs travaux par le gouvernement

Les deux premiers chiffres disent que ça marche. Le troisième dit à quelle condition : une assemblée sans débouché institutionnel ne change rien.

Chez euxGuyane la 1ère

Le Grand Conseil coutumier de Guyane prend la parole

Une instance coutumière amérindienne et bushinenguée, reconnue par la République française, s’exprime collectivement après délibération. Décider à plusieurs jusqu’au consensus n’est pas une invention européenne de 2016 : c’est une institution ancienne, encore vivante à l’intérieur même de nos frontières.

Peuples : Amérindiens et Bushinengué de Guyane · Territoire : Amérique du Sud · Langue : français · Durée : 1 min 32 · Source : Guyane la 1ère

Chez nousCESE

Dans les coulisses du tirage au sort de la Convention citoyenne

L’institution qui a hébergé la Convention filme sa propre mécanique de sélection : cent cinquante personnes tirées au sort, et non cent cinquante volontaires — la différence est tout le dispositif. Ce qu’elles ont proposé, et ce qu’il en est resté, est chiffré plus bas dans cette fiche.

Pays : France · Langue : français · Durée : 3 min 01 · les 149 propositions ↗

Chez nousPatrick Chalmers — When Citizens Assemble
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L’assemblée irlandaise filmée de l’intérieur

Des citoyens tirés au sort, des experts qui exposent sans trancher, des week-ends entiers de délibération avant un vote à bulletin secret : le film suit l’assemblée qui a précédé le référendum irlandais de 2018. C’est le dispositif décrit dans cette fiche, vu depuis la salle plutôt que depuis le rapport.

Pays : Irlande · Langue : anglais (sous-titres français officiels) · Durée : 16 min 42 · Repères : 0:23 le choix de confier la question à une assemblée ↗ · 4:28 qui sont les citoyens tirés au sort ↗ · 5:51 plus de 200 heures de travail ↗ · 7:23 l’expert expose, il ne tranche pas ↗ · 9:01 le vote qui a surpris le pays ↗ · 11:49 « ils ne prennent pas de décision folle » ↗ · 12:50 des gens ordinaires, pas des avis autorisés ↗ · 13:46 un complément, pas une alternative ↗ · repères relevés sur la piste de sous-titres français publiée par l’auteur, vérifiés au visionnage · The Citizens’ Assembly ↗

Chez nousMASS LBP — lancement du rapport de l’OCDE
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L’OCDE compte les assemblées : une vague délibérative

Le cas irlandais n’est pas isolé. L’OCDE a recensé les assemblées citoyennes organisées depuis la fin des années 1980 dans ses pays membres, et en tire des conditions de réussite : tirage au sort, temps long, information contradictoire, et engagement pris à l’avance par l’autorité qui commande. Séance complète du lancement, pour qui veut la méthode plutôt que le résumé.

Sujet : démocratie délibérative · Langue : anglais · Durée : 1 h 14 · Repères : 6:50 la diapositive de titre ↗ · 10:30 les trois critères retenus : tirage au sort, une journée entière de débat, commande publique ↗ · 15:30 la courbe de la vague, depuis les années 1980 ↗ · 17:30 où les cas ont été trouvés ↗ · 20:03 l’éventail des sujets soumis ↗ · 21:43 les principes de bonne pratique de l’OCDE ↗ · 26:23 trois voies d’institutionnalisation ↗ · 27:13 le modèle d’Ostbelgien ↗ · 37:00 Metrolinx, côté commanditaire ↗ · 45:35 le Conseil du Trésor du Canada ↗ · repères relevés à la planche d’aperçus et recoupés au sous-titrage, à dix secondes près · OCDE (2020), Innovative Citizen Participation ↗

② L’Irlande

Deux fois, une assemblée tirée au sort a précédé un référendum

En 2013, une convention constitutionnelle de 66 citoyens tirés au sort, 33 parlementaires et un président indépendant recommande d’ouvrir le mariage civil aux couples de même sexe. Le référendum du 22 mai 2015 l’approuve à 62,07 %.

En 2016-2017, une assemblée citoyenne de 99 citoyens tirés au sort siège cinq week-ends sur l’article constitutionnel interdisant l’avortement, reçoit plus de douze mille contributions du public, et vote à 87 % contre son maintien. Une commission parlementaire mixte reprend le dossier, recommande l’abrogation, et le référendum du 25 mai 2018 l’approuve à 66,4 %, avec 64,13 % de participation.

Ce qui rend le cas irlandais démonstratif n’est pas la vertu propre de l’assemblée : c’est le chaînage institutionnel explicite — assemblée, puis commission parlementaire, puis référendum. Chaque maillon avait une obligation de réponse.

De l’assemblée tirée au sort au vote du pays

Assemblée citoyenne 2017 — 79 voix contre 12, sur 91 votants

86,8 %

Référendum du 25 mai 2018 — 2,16 million de votants

66,4 %

Convention constitutionnelle 2013 — 79 voix contre 18

81,4 %

Référendum du 22 mai 2015 — 1,95 million de votants

62,07 %

Attention : les bases ne sont pas comparables — le vote de 91 délibérants n’a pas le même sens que celui de deux millions d’électeurs. Le graphique montre une séquence, pas une équivalence.

Sources — The Citizens’ Assembly (2017), First Report and Recommendations: The Eighth Amendment of the Constitution. PDF ↗ · Referendum Ireland, résultats officiels du 25 mai 2018. Résultats ↗

Le cours qui l’expliqueUniversity College Dublin
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Les deux référendums racontés par celui qui a conçu les assemblées

David Farrell a dirigé l’équipe de recherche des deux assemblées citoyennes irlandaises. Dans cette conférence donnée au centre d’éthique publique de l’University College Dublin, il déroule la chaîne complète : l’essai « We the Citizens » de 2011, la Convention constitutionnelle, puis l’Assemblée citoyenne — et, à chaque fois, le référendum qui a suivi. La dernière partie est la plus utile ici : il énumère les faiblesses reprochées au dispositif avant d’en tirer les conditions de réussite. Conférence universitaire, chapitrée par l’auteur.

Repères : 8:16 « We the Citizens » ↗ · 16:32 la Convention constitutionnelle ↗ · 19:39 mariage pour tous, puis huitième amendement ↗ · 21:22 les deux référendums ↗ · 27:50 les faiblesses ↗ · Durée : 49 min 36 · Langue : anglais

③ La mesure d’effet

Quatre jours de discussion, et la ligne de fracture recule

C’est la preuve la plus solide du dossier, parce qu’elle isole l’effet propre de la délibération. En septembre 2019, à Dallas, 526 électeurs tirés au sort dans un échantillon probabiliste national ont délibéré quatre jours sur documents relus par un comité bipartisan, en petits groupes modérés, face à des experts contradictoires. 844 autres formaient le groupe témoin, sans délibération.

Sur les 26 propositions les plus polarisées, 22 ont vu républicains et démocrates se rapprocher, dont 19 de façon statistiquement significative. Et la mesure la plus parlante n’est pas sur les opinions mais sur le regard porté sur l’autre camp : la sympathie déclarée envers le parti adverse gagne 13,1 points chez les démocrates et 14,5 points chez les républicains. Le groupe témoin ne bouge pratiquement pas.

Sentiment envers le parti adverse, avant et après quatre jours de délibération — thermomètre de 0 à 100
Après délibération Avant

Démocrates → Républicains

32,6
19,5

Républicains → Démocrates

34,6
20,2

526 délibérants, 844 témoins. Échantillon probabiliste national stratifié. Écarts de 13,07 et 14,47 points, p < 0,001. Fishkin, Siu, Diamond & Bradburn, 2021.

Source — Fishkin, J., Siu, A., Diamond, L. & Bradburn, N. (2021), Is Deliberation an Antidote to Extreme Partisan Polarization? Reflections on America in One Room, American Political Science Review 115(4). Texte intégral ↗

La conférence qui l’expliqueInstitute for Futures Studies, Stockholm
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L’étude de la carte, exposée par celui qui l’a menée

Cette conférence porte mot pour mot le titre de l’article cité ci-dessous. James Fishkin la donne devant l’Institut d’études prospectives de Stockholm et déroule la chaîne complète : ce qu’un sondage ordinaire mesure vraiment, en quoi le sondage délibératif change la question, ce qu’est « America in One Room », puis les résultats de Dallas — à 30:06, il projette les réponses des 526 délibérants et celles du groupe témoin côte à côte, question par question. La dernière partie discute les objections et l’effet mesuré un an après, sur le vote. Conférence de recherche, chapitrée par l’auteur.

Repères : 9:41 le protocole ↗ · 15:50 « America in One Room » ↗ · 20:57 la question posée ↗ · 30:06 les résultats ↗ · 46:56 le mouvement vers le centre ↗ · Durée : 1 h 09 min 54 · Langue : anglais

④ La contre-épreuve française

Cent cinquante personnes, neuf mois, cent quarante-neuf propositions — et 3,3 sur 10

La Convention citoyenne pour le climat a réuni 150 personnes tirées au sort — 255 000 appels téléphoniques pour les recruter — pendant neuf mois, d’octobre 2019 à juin 2020. Elle a adopté 149 propositions réparties en 43 objectifs. Le gouvernement déclare en avoir retenu 146.

Le 28 février 2021, les membres se sont réunis pour noter la reprise de leurs travaux. Aucun des six thèmes n’atteint la moyenne. Appréciation générale : 3,3 sur 10. Capacité des mesures à atteindre l’objectif de baisse de 40 % des émissions : 2,5. De son côté, le Haut Conseil pour le climat a jugé non étayée l’affirmation gouvernementale selon laquelle la loi issue de la Convention sécuriserait « entre la moitié et les deux tiers du chemin ».

Note donnée par les 150 à la reprise gouvernementale de leurs travaux, sur 10

La moyenne — repère

5,0

Gouvernance

4,1

Consommer

4,0

Se déplacer, se nourrir, produire

3,7

Se loger

3,4

Appréciation générale

3,3

Atteinte de l’objectif de − 40 %

2,5

Vote des membres réunis en visioconférence le 28 février 2021. Seule note au-dessus de la moyenne, non représentée ici : la réforme de l’article premier de la Constitution, 6,1.

Sources — CESE (2020), Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, rapport final. PDF ↗ · Haut Conseil pour le climat (2021), Avis sur le projet de loi Climat et résilience. PDF ↗

Le débat scientifique qui en fait le bilanAssociation française de science politique
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Ce que les politistes ont fait du bilan

Une fois les 149 propositions remises, l’Association française de science politique a réuni trois chercheurs — dont Loïc Blondiaux, qui siégeait au comité de gouvernance de la Convention, avec Alice Mazeaud et Simon Persico — pour poser exactement les questions de cette carte : quels résultats concrets, et comment mesurer la réussite ou l’échec d’un tel dispositif. À 16:40, la formule qui résume l’enjeu : le sort habituel des exercices participatifs est « l’insignifiance politique ». C’est la seule ressource francophone de niveau universitaire trouvée sur ce point précis. Webinaire de recherche, sans chapitrage d’auteur : les repères ci-dessous ont été relevés au visionnage et sont approximatifs (± 20 s).

Repères : 2:30 le mandat de la Convention ↗ · 16:40 « l’insignifiance politique » ↗ · 45:00 ce qui était en jeu ↗ · 55:00 l’engagement des participants ↗ · 78:20 dernier tour de table ↗ · Durée : 1 h 36 min 34 · Langue : français

⑤ La diversité vaut mieux que l’excellence homogène

Un résultat formel établi par Lu Hong et Scott Page : un groupe de résolveurs pris au hasard dans une large population peut surpasser un groupe composé des meilleurs, dès lors que le problème est difficile. La raison est simple — les meilleurs se ressemblent, ont été sélectionnés par le même filtre, appliquent les mêmes heuristiques et s’arrêtent aux mêmes impasses. Ce n’est pas un plaidoyer contre l’expertise : c’est une thèse sur sa place dans la chaîne de décision.

⑥ Le tirage au sort déplace la prise sur la décision

L’élection produit des candidats, donc des campagnes, donc des financeurs, donc des dettes. Le tirage au sort casse cette chaîne aux deux bouts : rien à obtenir en amont puisqu’on n’a pas postulé, rien à préserver en aval puisqu’il n’y a pas de réélection. Athènes, les républiques italiennes et l’Aragon médiéval l’ont pratiqué à grande échelle, toujours pour la même fonction : soustraire une décision à ceux qui ont un intérêt permanent à la contrôler.

⑦ Le temps, et la séparation entre informer et arbitrer

L’architecture est toujours la même : les experts exposent, sur documents relus contradictoirement, avec droit de questionner ; les citoyens arbitrent. La variable décisive est le temps — cinq week-ends en Irlande, neuf mois en France, mandats de dix-huit mois en Belgique germanophone. C’est ce temps qui permet le mouvement mesuré à Dallas. Un avis d’expert isolé n’a pas cette propriété, non parce qu’il serait moins juste, mais parce qu’il ne déplace rien chez ceux qui devront vivre avec la décision.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Une assemblée citoyenne n’est pas une assemblée kogi. Ce qui est attesté chez les Kogis : la maison cérémonielle est le lieu où l’on se réunit, y compris la nuit, pour discuter des affaires du village ; les mámas détiennent un savoir spécialisé transmis par un long apprentissage ; les décisions importantes passent par une consultation collective ; le système est inscrit depuis 2022 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Ce qui relève de l’interprétation, et que nous n’affirmons pas : qu’on délibérerait « jusqu’à ce qu’un accord tienne », ou qu’il existerait une règle de consensus formalisée. Une différence de nature demeure : la décision kogi est encadrée par la Loi d’Origine et par l’autorité des mámas — ce n’est ni un tirage au sort ni une procédure égalitaire au sens moderne. Le rapprochement porte sur un point précis, le spécialiste ne tranche pas seul, et sur rien d’autre. Précaution supplémentaire : l’ethnographie de référence date des années 1950 et une abondante littérature romancée s’est greffée dessus. Les recommandations sont rarement contraignantes. L’OCDE, qui a recensé 289 processus délibératifs jusqu’en 2019 puis plus de 600 depuis, ne dispose d’aucun taux de reprise consolidé — elle indique seulement que « dans la plupart des cas » au moins la moitié des contributions est mise en œuvre, ce qui n’est pas une mesure. Il n’existe donc pas, à ce jour, de preuve quantitative robuste que les assemblées citoyennes changent les politiques publiques. L’Irlande est l’exception documentée, et elle tient au chaînage institutionnel, pas à la vertu de l’assemblée. Le cadrage est le vrai levier de manipulation. Une assemblée délibère sur la question qu’on lui pose, à partir des documents qu’on lui remet et des intervenants qu’on lui présente : qui contrôle ces trois entrées contrôle largement la sortie. S’ajoutent des biais de participation et d’attrition — 255 000 personnes appelées pour retenir 150 volontaires en France, 91 votants pour 99 membres en Irlande. Le groupe qui délibère n’est jamais exactement celui qui a été tiré au sort.

Les dix références
  1. The Citizens’ Assembly (2017). First Report and Recommendations of the Citizens’ Assembly: The Eighth Amendment of the Constitution. Dublin. PDF ↗
  2. Referendum Ireland (2018). Résultats officiels du référendum du 25 mai 2018. Résultats ↗
  3. Referendum Ireland (2015). Résultats officiels du référendum du 22 mai 2015. Résultats ↗
  4. Fishkin, J., Siu, A., Diamond, L. & Bradburn, N. (2021). Is Deliberation an Antidote to Extreme Partisan Polarization? American Political Science Review, 115(4), 1464-1481. Texte intégral ↗
  5. CESE (2020). Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, rapport final. PDF ↗
  6. Haut Conseil pour le climat (2021). Avis portant sur le projet de loi « Climat et résilience ». PDF ↗
  7. OCDE (2020). Innovative Citizen Participation and New Democratic Institutions: Catching the Deliberative Wave. Paris. Rapport ↗
  8. Parlement de la Communauté germanophone de Belgique (2019). Décret du 25 février 2019 instaurant un dialogue citoyen permanent. Page ↗
  9. Landemore, H. (2020). Open Democracy: Reinventing Popular Rule for the Twenty-First Century. Princeton University Press. Notice ↗
  10. UNESCO (2022). Système ancestral de connaissances des quatre peuples autochtones de la Sierra Nevada de Santa Marta — liste représentative du patrimoine culturel immatériel. Notice ↗
Fiche 10 · Argent ●●● essais randomisés, 15 sociétés comparées

Retirer une variable pour voir ce qu’elle produisait

Certaines sociétés font circuler des biens sans monnaie d’échange généralisée. Les observer revient à retirer l’argent d’un système social et à regarder ce qui tient encore. Chez nous, on peut faire l’expérience symétrique : en remettre, sans condition, et mesurer.

① Chez euxIRD / CNRS Images
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Pygmées Baka, le grand virage

Laurent Maget, 2013 — IRD et CNRS Images. Version mise en ligne par le Musée de l’Homme, 1 h 08.

Dans l’est du Cameroun, les Baka se sont regroupés au bord de la route, à l’orée d’une forêt qui recule. Chasseurs-cueilleurs semi-nomades sédentarisés, ils entrent en quelques années dans une économie monétaire pour laquelle rien ne les avait préparés.

Une équipe du CNRS et de l’IRD a passé six ans dans le village de Moangue-Le Bosquet. Le film montre précisément ce que cette fiche cherche à établir : non pas une société du don idéalisée, mais le moment de bascule où l’argent arrive — avec ce qu’il apporte et ce qu’il désorganise.

Peuple : Baka · Territoire : Cameroun · Langue : français · Fiche CNRS Images ↗

Repères : 6:50 moangue-le-Bosquet, au bord de la route ↗ · 22:20 la boutique : l’argent au quotidien ↗ · 27:30 les grumiers : la forêt qui recule ↗ · 38:50 le débat au Musée de l’Homme ↗

Chez nousCe que la mesure en dit

Trois manipulations de la même variable

0,26 → 0,58ce que l’on offre à un inconnu, dans un jeu identique joué dans quinze sociétés — et la variation s’explique
+ 99 %de revenus pour les entreprises villageoises, au Kenya, quand chaque adulte reçoit un revenu de base
16,6 % contre 25 %de détresse psychique déclarée, en Finlande, entre bénéficiaires d’un revenu de base et témoins

Le premier chiffre observe des sociétés où l’argent pèse peu. Les deux autres mesurent, par tirage au sort, ce que produit l’arrivée d’argent sans condition.

La contre-épreuve finlandaiseKela

Kela présente les résultats du revenu de base finlandais

L’organisme public de sécurité sociale qui a mené l’expérience en expose lui-même les résultats : deux mille chômeurs tirés au sort, un revenu versé sans condition pendant deux ans, et un écart net de détresse psychique avec le groupe témoin. C’est la source, pas un commentaire sur la source.

Pays : Finlande · Langue : anglais · Durée : 3 min 33 · les résultats officiels ↗

La contre-épreuve kényaneGiveDirectly

Deux cent quatre-vingt-quinze villages tirés au sort au Kenya

Le directeur de la recherche décrit le dispositif : des villages entiers tirés au sort, des transferts sans condition, une mesure étalée sur douze ans. L’organisation étant partie prenante, les chiffres retenus dans cette fiche viennent de l’article de recherche, pas de la vidéo.

Pays : Kenya · Langue : anglais · Durée : 8 min 42 · Réserve : source partie prenante · l’article de recherche ↗

② Quinze sociétés, un seul protocole

Ce qu’on offre à un inconnu dépend de la façon dont on produit sa nourriture

Douze anthropologues ont appliqué le même jeu dans quinze sociétés à petite échelle de douze pays : chasseurs-cueilleurs, horticulteurs sur brûlis, pasteurs nomades, agriculteurs sédentaires. Un joueur reçoit l’équivalent d’une à deux journées de salaire local et propose un partage anonyme à un second, qui peut accepter — les deux sont payés — ou refuser — les deux repartent sans rien. L’homo economicus offrirait le minimum.

Le résultat n’est pas que ces sociétés seraient plus généreuses en bloc. C’est que l’écart entre elles est énorme — de 0,26 à 0,58 de l’enjeu — et qu’il est prévisible : deux variables structurelles, le degré d’intégration au marché et l’importance de la coopération dans la production quotidienne, expliquent à elles seules 68 % de la variance. Les Machiguenga du Pérou, horticulteurs autosuffisants au niveau de la famille, offrent 0,26. Les Lamalera d’Indonésie, dont la chasse à la baleine exige la coordination de douze rameurs et se partage selon un code précis, offrent 0,58 — plus de la moitié.

Offre moyenne au jeu de l’ultimatum, en part de l’enjeu

Machiguenga, Pérou — horticulteurs, production familiale

0,26

Hadza, Tanzanie — petit campement

0,27

Hadza, Tanzanie — grand campement

0,40

Étudiants des sociétés industrielles — repère

0,44

Aché, Paraguay — partage de viande quasi intégral

0,51

Lamalera, Indonésie — chasse coordonnée à douze

0,58

Protocole identique partout, jeu anonyme et non répété, enjeu calibré sur un à deux jours de salaire local. Henrich et coll., 2001.

Source — Henrich, J., Boyd, R., Bowles, S., Camerer, C., Fehr, E., Gintis, H. & McElreath, R. (2001), In Search of Homo Economicus: Behavioral Experiments in 15 Small-Scale Societies, American Economic Review 91(2). PDF ↗

Le cours qui l’expliqueUniversité de Colombie-Britannique
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Le protocole, puis le graphique : les sociétés côte à côte

Joseph Henrich a dirigé l’enquête dont sort le chiffre de cette carte. Dans cette conférence de l’Université de Colombie-Britannique, il commence par le problème de méthode — la psychologie humaine décrite à partir d’étudiants occidentaux — puis explique au tableau le protocole exact des jeux d’équité, avant de projeter les offres moyennes société par société. C’est ce graphique-là qui porte l’argument : l’écart entre les groupes est plus grand que tout ce qu’on observe à l’intérieur d’un même groupe. Conférence universitaire, chapitrée par l’auteur, diapositives lisibles.

Repères : 3:30 le problème d’échantillon ↗ · 17:10 le protocole des jeux ↗ · 18:23 les offres, société par société ↗ · 25:24 les biens publics ↗ · 27:38 la punition antisociale ↗ · Durée : 1 h 26 min · Langue : anglais

③ L’expérience inverse, au Kenya

Le revenu de base ne réduit pas le travail : il en change la nature

Essai randomisé au niveau du village, dans l’ouest du Kenya. 295 villages répartis par tirage au sort en quatre groupes : témoin, revenu de base sur douze ans, revenu de base sur deux ans, versement unique d’environ 500 dollars. Environ 23 000 adultes reçoivent 0,75 dollar par jour, individuellement et sans condition.

L’offre de travail totale ne diminue pas — l’écart n’est distinguable de zéro dans aucun des trois bras. Mais elle se déplace : l’emploi salarié recule d’une centaine d’heures par an et l’auto-emploi non agricole progresse d’autant. Et les revenus nets des entreprises du village quasi doublent dans le bras long terme comme dans celui du versement unique. Le bras court terme, qui avait pourtant reçu le même capital cumulé à ce stade, ne bouge pas : c’est la certitude de la durée, pas le montant, qui fait la différence.

Revenus nets des entreprises non agricoles, par village, selon le bras de l’essai

Groupe témoin

26 444

Revenu de base court terme — 2 ans, écart non significatif

36 900

Revenu de base long terme — 12 ans

52 533

Versement unique — environ 500 $

57 477

Agrégats au niveau du village, en dollars. 295 villages, environ 23 000 adultes éligibles. Enquête finale d’octobre 2019 à janvier 2020. Banerjee, Faye, Krueger, Niehaus & Suri, 2023.

Source — Banerjee, A., Faye, M., Krueger, A., Niehaus, P. & Suri, T. (2023), Universal Basic Income: Short-Term Results from a Long-Term Experiment in Kenya. Document de travail ↗

La conférence qui l’expliquePaul Niehaus, université de Californie à San Diego · Universal Basic Income Workshop
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L’auteur de l’étude la refait au tableau

Paul Niehaus est l’un des cinq auteurs de l’article que cette carte cite. Il le présente ici lui-même, diapositives à l’appui, devant un atelier universitaire consacré au revenu de base. À 8:30, la page de titre de l’étude — Banerjee, Faye, Krueger, Niehaus et Suri. À 18:30, le plan d’expérience : les 295 villages, les quatre groupes tirés au sort. Et à 35:30, la diapositive qui porte l’argument de la carte, « offre de travail et choix d’activité » : le tableau où le total ne bouge pas tandis que sa composition se déplace. Suivent le salaire de réserve (37:30), la consommation (38:30), l’investissement (39:30), puis les agrégats de village (45:00) où se lisent les revenus des entreprises. Johannes Haushofer prend ensuite le contrepied à 52:30, en trois questions dont « comparé à quoi ? ».

Exposé en anglais, donné en juin 2021 dans le cadre d’un atelier international lié au programme brésilien de Maricá ; les huit premières minutes, en portugais, sont les propos d’ouverture. L’exposé porte sur les résultats disponibles en 2021 : les valeurs chiffrées dans cette carte viennent de l’article publié en 2023, plus tardif. Le sens et le dispositif sont les mêmes, les nombres à l’écran sont antérieurs.

Repères : 8:30 la page de titre de l’article cité par cette carte ↗ · 18:30 le plan d’expérience : 295 villages, quatre groupes ↗ · 35:30 l’offre de travail et le choix d’activité ↗ · 45:00 les entreprises du village ↗ · 52:30 la réponse du discutant ↗ · Durée : 1 h 27 min 45 · Langue : anglais

④ Ce que l’argent achète vraiment

En Finlande, l’emploi bouge à peine. Le reste bouge beaucoup

2 000 chômeurs tirés au sort ont reçu 560 euros par mois, nets d’impôt, sans condition et sans obligation de recherche d’emploi, du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Sur douze mois de référence, ils ont travaillé 78 jours contre environ 72 pour le groupe témoin : six jours d’écart, un effet marginal.

L’enquête de fin d’expérience raconte autre chose. Détresse psychique déclarée : 16,6 % contre 25,0 %. Satisfaction de vie : 7,3 contre 6,8. Confiance en son propre avenir : 58,2 % contre 46,2 %. Ce que le transfert achète n’est pas d’abord de l’activité — c’est de la sécurité.

Expérience finlandaise de revenu de base — bénéficiaires contre groupe témoin
Bénéficiaires Témoins

Jours d’emploi sur douze mois

78
≈ 72

Détresse psychique déclarée

16,6 %
25,0 %

Confiance en son propre avenir

58,2 %
46,2 %

Emploi : registres administratifs. Bien-être : enquête de fin d’expérience, taux de réponse 23 %, sans enquête de référence. La valeur de 72 jours est déduite de l’écart publié de 6 jours. Ministère finlandais des Affaires sociales et VATT, 2020.

Source — Ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé (2020), Results of the basic income experiment. Communiqué ↗ · VATT (2020). Communiqué ↗

Le séminaire qui l’expliqueUniversité d’Helsinki · séminaire LAB2050 × université Yonsei
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Les résultats finals, réserves comprises

Heikki Hiilamo enseigne la politique sociale à l’université d’Helsinki ; ce séminaire porte sur les résultats finals de l’expérience, ceux-là mêmes que la carte chiffre. À 18:00, la diapositive qui énonce le premier : de novembre 2017 à octobre 2018, l’emploi a augmenté en moyenne de six jours de plus chez les bénéficiaires que chez les témoins. À 29:00, la bascule vers le bien-être. Et c’est la suite qui rend ce séminaire précieux : à 31:00 le tableau des taux de réponse de l’enquête, à 33:00 la diapositive « Caveats » — l’absence d’enquête de référence, la faible participation. Ce sont exactement les deux réserves inscrites sous le graphique de cette carte. Le conférencier ne les cache pas : il en fait une partie de sa démonstration.

Séminaire universitaire en anglais, donné en ligne avec le centre de recherche sur l’État-providence de l’université Yonsei.

Repères : 18:00 six jours d’emploi de plus ↗ · 29:00 l’enquête de bien-être ↗ · 31:00 le taux de réponse ↗ · 33:00 les réserves ↗ · Durée : 47 min 32 · Langue : anglais

⑤ Ce que remplace le don

La prise d’un chasseur est un événement à très forte variance : de longues séries bredouilles, puis une carcasse trop grande pour une famille et qui se conserve mal. Le partage obligatoire transforme cette loterie individuelle en revenu collectif lissé. Il fait trois choses que nos institutions ont séparées : il assure contre l’aléa, il entretient le lien avec ceux dont on aura besoin demain, et il produit du statut. Les mesures donnent l’ordre de grandeur : chez les Aché et les Hiwi, les femmes cèdent environ 55 % de tout ce qu’elles collectent.

⑥ Pourquoi la règle ne peut pas être facultative

Là où la variance est forte et le stockage impossible, la part marginale d’une grosse prise vaut beaucoup plus dans la main de celui qui n’a rien mangé depuis trois jours. Partager n’est pas un sacrifice, c’est un échange favorable aux deux parties à travers le temps. La contrepartie logique : un système d’assurance sans obligation est un système où les bons risques sortent. D’où le fait que ces sociétés punissent la rétention — moquerie, réputation, mise à l’écart — bien plus durement qu’elles ne récompensent la générosité. La corrélation entre ce qu’un foyer donne et ce qu’il reçoit est de 0,46 pour la viande chez les Hadza : ce n’est pas de l’altruisme, c’est un compte tenu de mémoire.

⑦ Ce que l’argent apporte, et ce qu’il coûte

L’argent résout trois problèmes que le don ne résout pas : il rend les choses comparables, il rend l’échange différé et transférable, et il permet d’échanger avec des inconnus. Le prix de ces trois gains est le même : le règlement éteint l’obligation. Une dette payée est une relation refermée ; un don rendu est une relation qui continue. Le contre-intuitif, mesuré : l’intégration au marché ne détruit pas la norme de partage, elle la déplace — les sociétés les plus intégrées offrent davantage à un inconnu anonyme, parce qu’elles ont appris une norme d’équité valable hors du cercle des proches.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Ce n’est pas la preuve qu’une société sans monnaie serait un paradis égalitaire. Chez les Au et les Gnau de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les offres généreuses sont rejetées dans 40 % des cas : accepter beaucoup, c’est se placer en dépendance. Le don obligatoire crée des dettes, des créanciers et des débiteurs, et les compétitions de générosité — le potlatch en est le cas d’école — servent à écraser un rival. Retirer la monnaie ne retire ni la dette, ni la contrainte, ni l’inégalité : cela en change l’unité de compte. Le revenu de base n’est pas l’équivalent moderne du don. Un virement mensuel est anonyme, unilatéral et n’appelle aucun retour : ni donateur identifiable, ni relation, ni obligation de rendre. Les essais du Kenya et de Finlande mesurent ce que produit l’accès inconditionnel à de la liquidité, pas la réactivation d’une économie du don. Ce sont deux manières distinctes de manipuler la même variable, non deux versions du même dispositif. Les résultats sont de court terme et fragiles. L’article kényan s’intitule lui-même « résultats de court terme » : il mesure deux ans d’un dispositif prévu pour douze. L’expérience finlandaise n’a pas d’enquête de référence, son taux de réponse est différentiel — 31 % chez les bénéficiaires contre 20 % chez les témoins — et une réforme concurrente de l’assurance chômage brouille l’interprétation de l’effet emploi ; les institutions finlandaises le disent elles-mêmes. Enfin, méfiance sur le récit lui-même : la thèse selon laquelle le troc généralisé serait un mythe repose sur une base ethnographique solide mais reste contestée sur son versant théorique. Le débat n’est pas tranché, et ces sociétés ne sont pas des états antérieurs de la nôtre : ce sont des sociétés contemporaines, prises dans des rapports de force contemporains.

Les neuf références
  1. Henrich, J., Boyd, R., Bowles, S., Camerer, C., Fehr, E., Gintis, H. & McElreath, R. (2001). In Search of Homo Economicus: Behavioral Experiments in 15 Small-Scale Societies. American Economic Review, 91(2), 73-78. PDF ↗
  2. Banerjee, A., Faye, M., Krueger, A., Niehaus, P. & Suri, T. (2023). Universal Basic Income: Short-Term Results from a Long-Term Experiment in Kenya. Document de travail ↗
  3. GiveDirectly (2023). Early findings from the world’s largest UBI study. Synthèse ↗
  4. Ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé (2020). Results of the basic income experiment: small employment effects, better perceived economic security and mental wellbeing. Communiqué ↗
  5. VATT Institute for Economic Research (2020). Communiqué sur les résultats finaux de l’expérience de revenu de base. Communiqué ↗
  6. Gurven, M. (2004). To give and to give not: The behavioral ecology of human food transfers. Behavioral and Brain Sciences, 27(4), 543-560. PDF ↗
  7. Dwyer, R., Palepu, A., Williams, C., Daly-Grafstein, D. & Zhao, J. (2023). Unconditional cash transfers reduce homelessness. PNAS, 120(36). PDF ↗
  8. Mauss, M. (1923-1924). Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques. L’Année Sociologique. Texte intégral ↗
  9. Selgin, G. (2016). The Myth of the Myth of Barter — la contradiction argumentée à la thèse de Graeber. Cato Institute. Article ↗
Fiche 11 · Reprendre chez nous ●○○ cas documenté, chiffres déclarés par la ferme

Reprendre le principe, pas le décor

Les dix fiches précédentes vont chercher une pratique loin, puis regardent ce qu’elle produit quand une institution occidentale la reprend. Celle-ci part de l’autre bout : une ferme du Haut-Diois a refondé mille hectares, à partir de 2012, sur les principes de synergie avec le vivant observés chez les Kogis de Colombie. Rien n’y est copié — ni les plantes, ni les rites, ni l’organisation sociale. Ce qui a traversé l’Atlantique tient en une règle : on ne conduit pas des parcelles, on prend soin d’un écosystème dont on est coresponsable. Treize ans plus tard, la ferme a des chiffres à montrer. Ce sont les siens, et c’est à la fois beaucoup et pas assez.

① Chez nous, cette foisOn passe à l’acte
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GAEC de Montlahuc — repenser un territoire

On passe à l’acte, 9 septembre 2025, 16 min 21 — Tour de France des rencontres, no 5.

Marco Forconi raconte la bascule de 2012 : une des plus vieilles fermes de la Drôme, montée en quarante ans à près de mille brebis sur mille hectares, sort de sa monoculture et redevient une ferme à cinq espèces. Il décrit un raisonnement, pas une recette — pourquoi faire passer les vaches derrière les brebis, pourquoi ralentir l’eau au lieu de l’évacuer, pourquoi un référent par atelier plutôt qu’un chef.

Le film montre aussi ce qui ne se chiffre pas : un lieu qui se repeuple, six associés qui tiennent ensemble depuis treize ans, et cette phrase de Thierry Geffray, le fondateur, que Marco Forconi dit avoir mis du temps à comprendre — il faut dix ans pour être habité par un territoire.

Territoire : Haut-Diois, Drôme · Commune : Bellegarde-en-Diois · Langue : français · On passe à l’acte ↗

Repères : 1:47 sortir de la monoculture de brebis ↗ · 3:08 ralentir l’eau au lieu de l’évacuer ↗ · 4:08 treize ans sans tension, de trois à six associés ↗ · 6:54 de 100 % coopérative à 100 % vente directe ↗

Ce que ça changeCe que la ferme déclare

Trois chiffres, dont un seul est vérifiable de l’extérieur

1 000 haconduits d’un seul tenant entre 900 et 1 400 mètres, dont 600 d’estive et une quarantaine de terres cultivables
0 → 100 %de la production vendue en direct depuis la reprise, dont environ 80 % consommés dans les villages voisins
13 ansde fonctionnement collectif sans rupture déclarée, de trois à six associés, sur un lieu passé d’une douzaine à une quarantaine d’habitants

Les trois n’ont pas le même statut, et il faut le dire d’emblée : la surface est publique et recoupable ; le basculement commercial et l’absence de rupture entre associés sont déclarés par les intéressés, sans tiers pour les instruire. Nous les publions comme tels.

② Le débouché

De la coopérative au village, en treize ans

À l’arrivée de la nouvelle équipe, 100 % de la production partait en coopérative, donc en grande surface. La ferme déclare aujourd’hui 100 % de vente directe, dont environ 80 % consommés par les habitants des deux ou trois villages voisins. Ce n’est pas un détail commercial : c’est la condition qui rend le reste possible. Une ferme à cinq espèces produit des volumes petits et irréguliers, invendables en filière longue — sortir de la monoculture obligeait à sortir de la coopérative.

Le chiffre est déclaratif. Il est cohérent avec ce que la ferme vend sur son propre site : commandes directes, fromagerie de chèvre, miel, pépinière.

Part de la production vendue en circuit court

2012 — à la reprise

0 %

2025 — dont 80 % dans les villages voisins

100 %

Déclaration de la ferme dans l’entretien filmé (septembre 2025). Aucun audit indépendant.

Sources — On passe à l’acte (2025), [TDF Rencontre#5] GAEC de Montlahuc. Vidéo ↗ · GAEC de Montlahuc, Contact et commandes. Page ↗

③ L’eau

Ralentir au lieu d’évacuer

L’agronomie enseignée à Marco Forconi disait drainage et irrigation : évacuer l’eau, puis la racheter. Cinquante ans de ce raisonnement, dit-il, ont donné des paysages secs. La ferme fait l’inverse — baissières creusées le long des courbes de niveau, mares, haies brise-vent, bois raméal au pied des arbres — pour retenir la lame de ruissellement le temps qu’elle s’infiltre et rejoigne la nappe. Un même filet d’eau y sert quatre à cinq fois, là où il servait une fois.

Une visite technique d’octobre 2024 en relève les traces concrètes : une citerne de 20 000 litres captée en amont des bâtiments, vingt centimètres de bois raméal fragmenté au pied des plantations, et 95 % de reprise des arbres plantés sur baissière, sans aucun arrosage.

Nombre d’usages successifs d’un même filet d’eau

Conduite drainée — l’eau part au ruisseau

1

Conduite ralentie — secteurs réaménagés de la ferme

4 à 5

Ordre de grandeur donné par la ferme, sur ses secteurs réaménagés. Il ne vaut pas pour les mille hectares.

Sources — On passe à l’acte (2025), entretien filmé. Vidéo ↗ · Hydrologie régénérative Belgique (12 octobre 2024), GAEC de Montlahuc : un modèle d’agriculture régénérative et collective. Compte rendu ↗

④ Le collectif

Ce qui a repeuplé un hameau

Le point le plus difficile à mesurer est aussi celui que la ferme met en avant : treize ans à plusieurs sans rupture, de trois associés en 2012 à six aujourd’hui, deux salariés, et un flux permanent de stagiaires et de volontaires. La règle qu’ils s’imposent tient en une phrase : un référent par atelier, choisi parce qu’il est le passionné de cet atelier — les brebis, les vaches, les chèvres, les chevaux, les écosystèmes, la communication. Personne n’arbitre à la place de personne, mais chacun répond de son atelier devant les autres.

Autour, le lieu s’est repeuplé : une douzaine d’habitants en 2012, une quarantaine aujourd’hui, dans une commune qui en compte environ quatre-vingts. C’est le chiffre le plus fragile de la fiche et le plus parlant : il ne mesure pas une performance agricole, il mesure si un endroit redevient habitable.

Habitants du lieu, avant et après la reprise

2012 — arrivée de la nouvelle équipe

12

2025 — six associés, deux salariés, stagiaires

40

Ordres de grandeur donnés par la ferme. La commune de Bellegarde-en-Diois compte environ 80 habitants.

Sources — On passe à l’acte (2025), entretien filmé. Vidéo ↗ · GAEC de Montlahuc, L’équipe. Page ↗

⑤ Ce qui a été transféré n’est pas une technique

Rien de kogi n’a été importé : ni plante, ni outil, ni rite. Ce qui a traversé est une position de départ, portée par l’École pratique de la Nature et des Savoirs, association fondée en 2006 dans le même massif par le géographe Éric Julien — qui travaille avec les Kogis de la Sierra Nevada depuis les années 1980 et a créé en 1997 l’association Tchendukua pour leur racheter des terres. Cette position tient en une inversion : on n’est pas propriétaire de parcelles à optimiser, on est coresponsable d’un écosystème dont tout ce que l’on fait modifie l’équilibre. Le reste de la fiche en découle.

⑥ Pourquoi cinq espèces valent mieux qu’une

Le mécanisme est agronomique et connu : les parasites du bétail sont très peu interspécifiques. Faire passer les vaches derrière les brebis fait ingérer aux unes les larves qui parasitaient les autres, et fait consommer des strates de végétation différentes. Une monoculture animale fait l’inverse : trente ans du même appétit laissent grainer les plantes que l’espèce dédaigne, le milieu s’appauvrit pour elle seule, et la pression parasitaire monte — donc les traitements. Le troupeau diversifié entretient le milieu qui le nourrit. Ce n’est pas un savoir exotique ; c’est un savoir que la spécialisation avait rendu inapplicable.

⑦ Notre angle mort : le découpage administratif

Marco Forconi le dit sans détour : chez nous l’eau relève de l’agence de l’eau ou du syndicat de rivière, la forêt de l’ONF, l’agriculture d’une chambre — alors que ce sont les mêmes cycles. Personne n’est chargé du tout. Un raisonnement qui part de l’écosystème entier n’a donc pas d’interlocuteur : il ne rentre dans aucun guichet et sa performance ne se lit dans aucun indicateur de filière. C’est exactement pourquoi il a fallu une ferme privée, et non une politique publique, pour l’essayer — et pourquoi le projet de territoire Biovallée, qui réunit trois communautés de communes de la vallée de la Drôme, est cité comme le seul cadre où la question se pose à la bonne échelle.

⑧ Ce que ça ne veut pas dire

Aucun de ces chiffres n’est instrumenté par un tiers. C’est la différence nette avec les fiches 05 à 10 : il n’y a ici ni essai randomisé, ni bassin équipé, ni jury international ayant vérifié un décompte. Ce sont des déclarations d’exploitants, cohérentes entre elles, avec le site de la ferme et avec un compte rendu de visite technique — rien de plus. Les durées elles-mêmes flottent. La présentation de la vidéo annonce quinze ans sans une seule tension humaine, l’entretien dit treize ans sans tension particulière ; nous retenons la formulation la plus basse, et notons qu’une absence de conflit ne s’établit pas comme une mesure. Ce n’est pas une ferme kogie. Parler de principes kogis désigne une inspiration revendiquée, transmise par une association française, pas un transfert documenté pièce à pièce : ni les Kogis ni aucun chercheur n’ont validé cette lecture, et la fiche ne leur attribue donc aucun résultat obtenu ici. Un cas n’est pas une démonstration. Mille hectares d’un seul tenant entre 900 et 1 400 mètres, hérités de quarante ans de pastoralisme et repris par des gens déjà formés et déjà financés, ce n’est pas la situation d’un agriculteur endetté sur trente hectares de plaine. Ce que cette fiche établit, c’est qu’un tel raisonnement a tenu treize ans quelque part en France. Pas qu’il tiendra ailleurs.

Les huit références
  1. On passe à l’acte (9 septembre 2025). [TDF Rencontre#5] GAEC de Montlahuc. Vidéo, 16 min 21, Tour de France des rencontres. Vidéo ↗
  2. On passe à l’acte. Le site de vos initiatives positives — média associatif qui documente depuis plus de quinze ans, en entretiens filmés, des porteurs d’initiatives. Site ↗
  3. GAEC de Montlahuc. Accueil — mille hectares de 900 à 1 400 m, dont 600 d’estive et une quarantaine cultivables ; six paysannes et paysans depuis 2012 ; Bellegarde-en-Diois, Haut-Diois. Page ↗
  4. GAEC de Montlahuc. L’Histoire — ferme fondée en 1982 par Thierry Geffray et Camille Brochier ; rencontre avec Éric Julien en 2008 ; reprise du projet en 2012 par trois jeunes de l’association. Page ↗
  5. GAEC de Montlahuc. Projet Territoire — l’inspiration kogie revendiquée et le rattachement au projet Biovallée. Page ↗
  6. École pratique de la Nature et des Savoirs. Association loi 1901 créée en 2006 dans le Haut-Diois, à 1 300 m ; son site porte le nom Sezusumaké donné par les Kogis. Site ↗
  7. Tchendukua — Ici et Ailleurs. Histoire du projet — association créée en octobre 1997 par Éric Julien et Jacqueline Bac pour racheter et rendre des terres aux peuples de la Sierra Nevada de Santa Marta ; près de 1 800 hectares en 2018. Page ↗
  8. Hydrologie régénérative Belgique (12 octobre 2024). GAEC de Montlahuc : un modèle d’agriculture régénérative et collective. Compte rendu de visite : citerne de 20 000 litres, baissières, 95 % de reprise sans arrosage, 90 nichoirs. Compte rendu ↗
LES SIX FICHES ANNONCÉES

Elles sont désormais en ligne

Une fiche n’est publiée que lorsque sa vidéo est accessible et que l’application occidentale est sourcée. Les six chantiers annoncés ici sont terminés — voici où les retrouver.

Six autres chantiers sont instruits : le chiffre existe, la source primaire est identifiée, la vidéo est vérifiée. Ils paraîtront dans le même format que les précédents.

Forêts communautaires — Népal : −37 % de déforestation, −4,3 % de pauvreté Jardins à palourdes — quatre fois plus de coquillages derrière un mur de pierre Terres titrées — deux à trois fois moins de déforestation en Amazonie Terra preta — le biochar, +25 % de rendement sous les tropiques Waru waru — Titicaca : deux à quatre fois la moyenne régionale, et l’abandon qui a suivi Tabu marin — Fidji : de 38 palourdes à plus de 7 000 en sept ans

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