Prochaine expedition

Tournage prévu — du 13 au 28 février 2027

Une femme âgée pose la pointe sur le tissu. Pas de modèle, pas de crayon, pas de repère tracé. Elle ne lève pas la main. La ligne part, tourne, se replie sur elle-même et se referme exactement là où il fallait.
À côté d’elle, sa petite-fille essaie de suivre. Sa ligne tremble.
Cette scène contient tout ce que nous allons chercher.

L’expédition est fixée

Depuis septembre 2026, le repérage est devenu un tournage : un lieu, une fenêtre, une équipe.

Le film sera tourné dans la communauté native de San Francisco, la plus grande communauté du peuple shipibo-konibo, au bord du lac Yarinacocha, près de Pucallpa. La fenêtre du 13 au 28 février 2027 est confirmée : quinze jours sur place, dont sept jours de tournage, avec une équipe réduite de quatre personnes. Les sept jours précis seront arrêtés avec la communauté.

Le président de la communauté, Richard Ochavano, a signé le 24 septembre 2026 un accord de principe et une invitation pour l’équipe. L’acte de l’assemblée communautaire, préalable à toute image, reste à recueillir avant le tournage. La production locale est assurée par Piedra Azul Films, à Pucallpa. La communauté a désigné elle-même le cinquième savoir : la pêche du paiche.

Un dispositif de regards

Le film assume la rencontre des regards plutôt que de la gommer. Celui de la communauté, d’abord : la cinéaste shipiba Mirena Maldonado, dont la participation comme cinéaste associée a été confirmée par écrit le 24 septembre 2026, contribuera au film depuis une perspective liée à sa culture. Celui du réalisateur, en voix off. Celui de la science, en contrechamp : un entretien est engagé avec une spécialiste française des peuples racines. Et celui de la jeunesse : Camilo, dix-sept ans, franco-argentin, fils du réalisateur — un film sur la transmission, tourné entre un père et son fils chez les grands-mères et leurs petites-filles.

Une enquête déjà commencée

Les questions que cette expédition posera — comment une société répare plutôt qu’elle ne punit, qui décide et quelle place les femmes occupent dans les décisions collectives, comment on échange quand l’argent n’est pas au centre, ce que signifie être en bonne santé — prolongent un travail documentaire mené depuis 2023 avec l’association Le Média Solidaire : sur la justice et la réinsertion (Concienta — après la prison, la pair-aidance), et sur d’autres paradigmes de l’argent (« Quand l’argent tue, change de monnaie », les systèmes d’échange locaux). Et un précédent terrain auprès d’un peuple racine : « Mapuche Patagonie ».

Le premier film : « La ligne qui chante »

Cette expédition accouchera d’un court métrage documentaire d’environ 15 minutes, « La ligne qui chante », destiné aux festivals puis publié ici même — et de capsules d’entretiens intégrales, une par savoir, pour que l’enregistrement serve à enseigner, pas seulement à montrer. Notre chaîne de valeur explique où va chaque euro →

Le film : « La ligne qui chante »

Une ligne qui chante, une ligne qui transmet

En Amazonie péruvienne, San Francisco est la plus grande communauté du peuple shipibo-konibo. Des femmes y détiennent encore le savoir du kené, ces lignes que le monde regarde souvent comme des motifs, alors qu’elles sont aussi un langage et un mode de transmission.

Le film suit l’une d’elles, une maestra du kené, pendant une journée entière, de la première lumière sur la rivière jusqu’au soir. L’argile ramassée sur la berge, les écorces mises à bouillir pour la teinture, la pointe qui trace sans modèle, la berceuse chantée à une petite-fille qui essaie et recommence : ces gestes forment les respirations du film. Ils accompagnent la fabrication d’une œuvre, de la matière brute à la pièce achevée.

Entre les gestes, quatre questions structurent les échanges avec la communauté : quand quelqu’un fait du tort, punit-on ou cherche-t-on à réparer ? Qui décide, et quelle place les femmes occupent-elles dans les décisions collectives ? Comment échange-t-on quand l’argent n’est pas au centre ? Que signifie être en bonne santé : faire taire un symptôme, ou tenir ensemble le corps, l’esprit et les liens ? Le réalisateur interroge simplement ; le film gardera aussi les réponses qui le contredisent.

Peu à peu, le kené apparaît non comme un simple ornement, mais comme un lien entre les générations. Tracer, teindre, cuire et chanter sont autant de moments où une identité se transmet et se refait. Le film suit ce double mouvement : comprendre, à travers la fabrication d’une œuvre, ce qui fait tenir une société ; et demander ce qu’un monde moderne peut encore apprendre des peuples racines, sans nostalgie ni idéalisation.

« La ligne qui chante » est un court métrage documentaire autonome d’environ 15 minutes. Il s’inscrit dans le projet plus large EWA — Human Legacy. Destiné d’abord aux festivals, il sera ensuite publié en accès libre sur la plateforme, accompagné d’entretiens plus longs consacrés aux savoirs documentés.

Ce qui se joue

Le kené n’est écrit nulle part. Pas de manuel, pas d’archive, pas de fichier. Il passe d’une main à une autre main — ou il ne passe pas. C’est vrai du dessin, c’est vrai de la terre, des plantes, des chants, de la langue : une mémoire entière tient dans un petit nombre de gestes vivants. Et un geste ne se conserve pas. Il se refait, ou il s’efface.

C’est une disparition sans bruit. Personne ne la filme, parce qu’il n’y a rien à filmer : pas d’incendie, pas d’effondrement, pas de date. Juste, une année après l’autre, une main de moins qui sait, et une main de plus qui n’a pas eu le temps d’apprendre. Nous venons filmer le moment exact où la ligne passe encore.

Territoire

Bassin de l’Ucayali, Amazonie péruvienne

Peuple

Shipibo-Konibo — environ 33 000 personnes

Durée

15 jours sur place, dont 7 de tournage

Fenêtre

13 → 28 février 2027 — fenêtre confirmée ; les sept jours de tournage seront arrêtés avec la communauté

Équipe

4 personnes, matériel apporté de France

Le peuple, avant nous

Avant de partir, regarder. Ce reportage de la télévision publique péruvienne est consacré au kené, l’art des lignes et des formes — celui-là même que nous allons filmer se transmettre.

Costumbres — « Kene, saber de lineas y formas », TV Peru, 2017, 48 minutes, en espagnol. Le savoir artisanal des femmes shipibas, son lien avec la cosmovision et la transmission : le trace du dessin, la ceramique, les ecorces a teinture, l’apprentissage aupres des ainees. Voir sur YouTube — cette video est aussi versee dans les ressources de la plateforme, avec ses reperes temporels.

Le hors-champ

Pendant que la maestra trace, autre chose avance. Ce n’est pas un adversaire : c’est un front. Cinq forces, toutes réelles, toutes documentées, toutes en marche sur le même fleuve.

La terre qu’on vend

À quelques heures de Pucallpa, une communauté shipibo-konibo se bat depuis dix ans contre l’avancée des plantations de palmier à huile sur son territoire coutumier : milliers d’hectares défrichés, titre foncier réclamé et jamais obtenu, défenseurs menacés et agressés. Quand la forêt recule, ce ne sont pas seulement des arbres qui partent. C’est la chacra, l’écorce à teinture, l’argile de la berge — la matière même des gestes que nous filmons.

Forest Peoples Programme · Front Line Defenders

Les pistes dans la forêt

Une enquête de décembre 2024 a recensé 45 pistes d’atterrissage clandestines dans le seul département d’Ucayali, plusieurs à l’intérieur de concessions forestières légales, au service du trafic. Une seule province, Tahuanía, concentre 57 % de la coca de la région — 1 909 hectares. Ce n’est pas un décor de scénario : c’est ce qui décide, très concrètement, où l’on peut aller filmer et où l’on ne va pas.

Mongabay, « High-flying concessions », décembre 2024

Les dragues et le mercure

L’orpaillage illégal est arrivé dans les rivières d’Ucayali. Sur le río Aguaytía, les opérations de 2025 et 2026 ont mis au jour dragues, mercure et réseaux organisés. Le mercure ne reste pas dans l’eau : il monte dans le poisson, et le poisson est le repas quotidien. C’est ici que la pression cesse d’être une abstraction — elle entre dans l’assiette.

Infobae Perú · Latina Noticias · La República, 2025-2026

La ville

Pucallpa est à quelques heures de pirogue. Il y a le salaire, le lycée, le réseau, le téléphone. Chaque famille pose la même équation, et la pose à voix basse : rester ou partir. C’est exactement la question que nous poserons à deux adolescents, face caméra, sans leur souffler la réponse.

L’écran

Le motif, lui, voyage très bien. Le kené est reconnu patrimoine culturel de la nation péruvienne — cela n’a pas empêché qu’il soit photographié, vectorisé, imprimé sur des tissus et vendu dans des collections de mode sans celles qui le tracent. Le dessin se numérise en une seconde. Le savoir qui le produit, non.

Ministerio de Cultura del Perú, 2008 · presse péruvienne, 2024

Le paradoxe tient en une phrase : le motif n’a jamais été aussi visible, et le savoir jamais aussi fragile.

Quatre questions sur ce qui fait tenir une société

Posées à la communauté sans présumer des réponses, elles forment la trame orale du film, en regard des cinq savoir-faire filmés par les gestes.

01

Justice — punir ou réparer ?

Quand quelqu’un cause un tort, faut-il le punir ou chercher à réparer, en comprenant d’abord ce qui a produit la faute ?

02

Décision — qui choisit ?

Comment les choix collectifs sont-ils faits dans le village, et quelle place les femmes occupent-elles dans les décisions qui concernent tout le monde ?

03

Échange — quand l’argent n’est pas au centre

Comment les biens et les services circulent-ils : par la réciprocité, le troc, des obligations partagées ou d’autres formes d’échange ?

04

Santé — corps, esprit et liens

Que signifie être en bonne santé : faire taire un symptôme, ou prendre soin ensemble du corps, de l’esprit et des liens ?

Cinq savoirs documentés pendant l’expédition

Le court métrage sera centré sur la transmission du kené. Le tournage documentera aussi la céramique, les teintures végétales, la langue et les chants, ainsi que la pêche du paiche désignée par la communauté. Ces matériaux nourriront le film et des capsules d’entretiens plus longues destinées à la plateforme EWA.

01

Le kené — le dessin

Le tracé à main levée sur le tissu, sans modèle ni repère. La broderie, la peinture, l’application du motif. Macro sur l’aiguille, les mains superposées, les regards qui vérifient. Une maestra reconnue, une jeune apprenante.

02

La céramique — la terre

L’argile prélevée au bord du fleuve à l’aube. Le montage au colombin. Le polissage à la pierre. Puis, en fin de journée, la cuisson à ciel ouvert : feu, fumée, terre qui change de couleur. La séquence la plus spectaculaire du film — et la plus risquée, parce qu’une pièce peut éclater.

03

Les plantes et les teintures

La marche vers la chacra et la lisière. La récolte des écorces. Le bain de teinture qui chauffe. Le tissu qui prend la couleur. Le séchage au vent. Volet végétal domestique et tinctorial : le champ rituel n’est pas l’objet de ce repérage.

04

La langue et le chant

L’école bilingue : le shipibo au tableau, les cahiers, la cour. Les chants qui accompagnent le geste et le travail. Et le soir, les enfants qui rentrent à pied vers les maisons — plan long, sans commentaire.

05

Le fleuve — la pêche du paiche

Lire l’eau, reconnaître les passages du poisson, poser un filet et transmettre les règles de partage : un savoir écologique appris par la pratique, au même titre que le dessin ou la teinture.

C’est aussi le point où les pressions deviennent physiques : un fleuve dragué, un poisson chargé de mercure, une forêt qui recule. Filmer la pêche, c’est filmer l’endroit exact où l’économie mondiale touche l’assiette d’une famille.

Le fleuve décide

Personne ne fixe le calendrier de ce tournage : l’Ucayali le fixe. Entre la crue et l’étiage, onze mètres d’amplitude à Pucallpa — la hauteur d’un immeuble de trois étages, qui monte et redescend chaque année.

Hautes eaux

De novembre à avril, maximum entre février et avril. On circule partout, on filme sous la pluie.

Basses eaux

De mai à octobre, au plus bas de juillet à septembre. Les berges apparaissent, l’argile est accessible, le poisson se concentre — et certains bras deviennent infranchissables.

Notre fenêtre

Février 2027, en hautes eaux : on circule partout, on filme sous la pluie. La fenêtre du 13 au 28 février a été fixée avec la communauté, sur son calendrier à elle ; les sept jours précis de tournage seront arrêtés ensemble.

Nos règles de travail

Elles ne sont pas un supplément d’âme. Ce sont elles qui rendent les images possibles.

  • Rien ne se tourne avant le oui de l’assemblée. Les premiers jours se passent sans caméra.
  • Chaque autorisation est traduite et lue à voix haute en shipibo, par une personne de confiance.
  • Personne ne travaille gratuitement devant la caméra. Le temps donné est un temps payé.
  • Les matériaux des ateliers filmés sont fournis par nous : tissu, fils, argile, colorants.
  • Ce qui est fabriqué devant nous reste à celles qui l’ont fabriqué. On ne repart pas avec la pièce.
  • Les motifs appartiennent à celles qui les tracent — et le film le dira, à l’écran.
  • Nous montrons les images avant de repartir. Une copie du film et un jeu de photographies restent à la communauté.
  • Ce qui ne se filme pas ne se filme pas. Le domaine rituel n’entre pas dans ce repérage.

Ce que nous rapporterons

Huit entretiens. Quatre — peut-être cinq — chaînes de transmission filmées entières. Une série de portraits face caméra. Un fonds d’ambiances : la pluie, les insectes, le moteur de pirogue, les chants de travail. Des vues du fleuve depuis le ciel, si elles sont autorisées.

Et surtout : tout cela entre dans EWA indexé, minutage par minutage. Un geste devient consultable. Une phrase en shipibo devient retrouvable. Ce n’est plus un stock de rushes — c’est une mémoire interrogeable, y compris par la communauté elle-même.

Où en sommes-nous — 25 septembre 2026. Le tournage est prévu du 13 au 28 février 2027 ; aucune image n’a encore été tournée. Le président de la communauté a confirmé par écrit, le 24 septembre 2026, l’accueil de l’équipe et les conditions du tournage. L’acte de l’assemblée communautaire, préalable obligatoire, sera recueilli avant la première image. La participation de Mirena Maldonado comme cinéaste associée est confirmée par écrit. La pêche du paiche est le cinquième savoir désigné par la communauté. Le dossier Fonds ICC Métropole a été déposé le 25 septembre 2026 ; la candidature Fondation Anako est préparée mais n’est pas encore déposée. Aucun de ces financements n’est acquis à ce jour.

Le film ne dira pas qu’un monde s’éteint. Il montrera une femme qui trace, une jeune fille qui recommence — et il laissera le spectateur compter les mains.

Sources des faits cités. Palmier à huile et défenseurs fonciers : Forest Peoples Programme, Front Line Defenders. Pistes clandestines et coca : Mongabay, décembre 2024. Orpaillage et mercure en Ucayali : Infobae Perú, Latina Noticias, La República, 2025-2026. Population et langue shipibo-konibo : Base de datos de pueblos indígenas, Ministerio de Cultura del Perú. Kené, patrimoine culturel de la nation et appropriation : Ministerio de Cultura, presse péruvienne. Régime du fleuve et dispositif de tournage : brief de repérage « Peuple Racine », août 2026.